83180309_10157917602578695_888385573968936960_oAgé d’une soixante d’années, Silvère Benoit reçoit un jour une proposition surprenante de la part de Jean, son plus fidèle et ancien ami du lycée, à l’époque il vivait dans la région de Clermont-Ferrand. L’idée étant « de louer une maison quelque part, pour trois ou quatre jours, et chacun viendrait seul, sans conjoint. On marcherait. On mangerait bien. On pourrait ce raconter ce qu’on est devenus. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Au départ, Silvère, peu adepte des retrouvailles, ne semble pas complètement convaincu de l´intérêt de ce projet. Toutefois, en dépit de son apparente réticence, il finit par accepter et décide de louer une maison aux murs blancs, aux volets bleu océan sur l’île de Ouessant. Sur le port de l’embarcadère, il est prêt à accueillir Jean, Luce, Lours´et Mara qu’il n’a pas vu depuis quarante ans. Une multitude de questions traverse son esprit : certaines futiles et d’autres plus existentielles.

Mais avant d’assister à cette rencontre nostalgique, Silvere, écrivain, commence par raconter des anecdotes sur son enfance, des souvenirs au sujet de sa scolarité tout en intégrant des histoires émouvantes sur ces anciens amis. Dès le début, inquiet, intrigué, envahi et submergé par les émotions, le narrateur s’interroge à l’dée de revoir Mara. Il se pose les questions suivantes : « Où Mara sera-t-elle assise ? Comment sera-t’elle habillée ? Quelle chambre prendra-t-elle ? La contraction de mon estomac à cette évocation m’amuse et me désole : est-ce que je serai jamais guéri ? »

Je m’engage peut-être un peu vite mais quelque chose me dit que ce livre a ses chances d’être bien classé dans mes lectures de cette année. Tout d’abord, car dès le début de l´histoire j'ai moi aussi embarqué à bord de ce ferry en direction d’une île bretonne, bercée par le ressac des flots et la poésie de Jean-Claude Mourlevat. Cet auteur nous promet d’assister à des retrouvailles touchantes mais nous emporte auparavant sur les chemins de son enfance. L’auteur tisse une toile, plante le décor afin de nous faire comprendre  ce qui le lie à Luce, Jean, Lours´ et Mara et pourquoi ensemble ils forment les cinq doigts de la main.
A tour de rôle, les membres vont livrer des bribes de ce qu'ils sont devenus, confier leurs amertumes mais aussi leurs déchirures. Ensuite, les titres de chapitres sont très intrigants et une fois le contenu lu, je n'avais de cesse de revenir en arrière pour relire les intitulés.

Dans ce livre, il est question de la longévité de l’amitié mais aussi de l'amour pure voire indestructible du narrateur qui déclare : " Le bon sens voudrait qu’avant de tomber amoureux on prenne le temps d’observer la personne concernée sous toutes ses coutures, qu’on prenne connaissance de son milieu social qu’on évalue son niveau de raisonnement, sa sensibilité, son humour […] Une fois tous ces éléments prix en compte et bien pesés, alors oui, on pourrait s’engager. Je ne me suis pas conformé du tout à ces sages principes."

Dans ce roman mélancolique à caractère autobiographique,Jean-Claude Mourlevat évoque aussi mai 68, partage des références musicales et aborde le thème des écarts sociaux-culturels. Mais, surtout il fait en sorte d’arrêter le temps en l'espace de quatre jours.

Ce magnifique roman est une escapade douce en Bretagne, entre espoirs et regrets.