Après avoir lu

16 février 2019

Les tribulations d'un précaire d'Iain Levison – éditions Liana Levi

tribulationsIan Levison est diplômé d'une licence de lettres. Il vit à New York en colocation dans un minuscule appartement. Il est desesperement  à  la recherche d'un travail et passe ses journées  à  éplucher les offres d'emploi. Il s'apperçoit assez rapidement qu'il y a deux catégories : ceux pour lesquels il n'est pas qualifié et ceux dont il ne veut pas.


Cependant, il étudie les deux et nous suivrons les peripéties de cet homme en quête de travail qui enchaînera les missions, toutes aussi les plus précaires les unes que les autres : poissonnier dans un supermarché l'espace de quelques semaines, barman le temps d'une soirée, livreur de fuel aux heures perdues, employé dans un restaurant, installateur de câbles qui apprend sur le tas, employé  par Rayford seafood à Dutch Harbour,  déménageur avalant les kilomètres et les kilomètres sur les routes américaines à longueur de journées interminables…


L'auteur profite de ses expériences professionnelles éphémères pour dénoncer les rouages des entretiens dirigés par des responsables de ressources humaines peu scrupuleux.  Les entreprises offrent des titres pompeux, élogieux qui ne veulent finalement rien dire tout en proposant de prétendus avantages. Il raconte avec cynisme les formations payantes qui vous font miroiter l’accès à l'emploi de vos rêves garantissant une liberté financière mensongère. Les recruteurs sans âmes s'appuient sur le désespoir des gens en leur faisant miroiter des salaires mirobolants sans parler des ruptures des emplois saisonniers qui se clôturent par une tape sur l’épaule et le retour rapide aux petites annonces…


Les style utilise par l'auteur est journalistique. Il faut souligner aussi qu'il ne manque pas d'humour et de pugnacité. Ces enchaînement de missions, de rencontres improbables, de situations loufoques et incroyables montrent les failles d'un système dans lequel les employés précaires travaillent plus pour gagner moins...creusant encore un peu plus le fossé des inégalités sociales.


Page 59, l'auteur déclare : « Si vous demandez aux riches pourquoi vous ne pouvez pas gagner votre vie, ils vous diront que c'est votre faute. Ceux qui réussissent à grimper dans les canots de sauvetage pensent toujours que ceux qui sont encore dans l'eau le méritent. Vous n'avez pas été assez rapide, assez malin, assez vif. » C'est curieux, mais ce discours méprisant pour certaines classes sociales fait tristement écho avec l’actualité européenne . Critique, juger de cette manière assurent à ceux qui sortent du lot un sentiment de puissance, de supériorité jouissive.
C'est un récit écrit sans plainte,sans amertume, avec un ton détaché, un humour caustique et réaliste.

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10 février 2019

Les carnets de Cerise – Joris Chamblain et Aurelie Neyret – Tome 2 (éditions Soleil)

 

carnets de cerise tome 2Ce sont les vacances et Cerise profite de l’été pour remplir son deuxième carnet. Erica est partie en colo tout le mois de juillet. Line est partie chez sa grande sœur pour s'occuper de son petit neveu. De nature enthousiaste et pétillante, Cerise garde plein de bons souvenirs de sa dernière année scolaire en école primaire mais regrette l'absence de ses deux amies pendant l’été. Cerise reste chez elle avec sa maman. Elle en profite pour jeter un œil dans les vieux cartons au grenier et y déniche quelques petites merveilles qui lui rappellent de bons souvenirs tels que son coffre à jouet ou de vieilles photos ou bien aller à la piscine.

Nous savons que Cerise est une petite fille pleine débordante d'imagination qui trouvera bien vite de quoi l'occuper. Elle adore observer les gens et un jour son regard est attiré vers une vieille dame.

Un nouveau mystère semble prendre place dans le village. Il s'agit de l’histoire d'une femme âgée qui prend le bus à la même heure toutes les semaines. Elle a toujours l'air triste quand elle s'en va et c'est pire quand elle revient.

Line et Erica sont de retour de leurs vacances et les trois amies découvrent la carte d'abonnement à la bibliothèque de cette femme. Elles sont intriguées car elles comprennent que cette lectrice emprunte toujours le même livre. Le roman est intitulé « La rose et le mortier » d'Hector Bertelon. Pourquoi emprunter systématiquement le même ouvrage ? De quoi traite ce livre ? Qui en est l'auteur ?

Après avoir lu le tome 1, je me demandais à quoi pouvait bien ressembler le tome 2. Nous retrouvons les mêmes personnages principaux toutefois l'intrigue tourne autour d'une nouvelle enquête qui plaira aux amoureux de la littérature car il est question de transmission du passé à travers des lettres rédigées par un jeune écrivain promis à un avenir radieux mais qui dut abandonner son talent pour partir au front. Dans cet ouvrage, vous passerez du temps dans une bibliothèque dans laquelle vous ferez un saut dans le temps.

Le scénario est tout aussi émouvant dans ce tome et j'ai même trouvé qu'il était plus complexe car il parle des conflits qui peuvent exister entre les enfants mais aussi avec les adultes. Dans ce tome 2, la relation entre Cerise et Madame Desjardins est plus forte. La romancière donne des conseils pertinents à la jeune écrivain en herbe, ce qui la conduit à réfléchir sans être moralisatrice. Bien-sûr, on peut s'interroger sur la compréhension de l'enfant quand l'adulte lui dit qu'elle est sans doute encore un peu trop jeune pour « comprendre ce dont on est capable quand on aime quelqu'un de toute son âme » mais ce type de phrase correspond assez bien à la nature même de leur relation, basée sur une certaine complicité littéraire.

Les couleurs, ici estivales, sont joyeuses et pétillantes. Elles rayonnent et le trait est toujours aussi fin.

Je crois que ce qui me plaît dans la personnalité de Cerise, c'est sa capacité à s’émerveiller car c'est une très belle qualité, assez rare de nos jours. 

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Les carnets de Cerise – Joris Chamblain et Aurelie Neyret – Tome 1 (éditions Soleil)

carnet de cerise tome1Cerise a dix ans et demi et rêve de devenir romancière car elle adore écrire, lire des romans, des magazines un peu scientifiques...Elle vit seule avec sa maman et passe son temps libre avec ses deux meilleures amies : Line et Erica. Cerise est également très proche de Madame Desjardins, une romancière renommée qui habite dans le village.

Cerise aime prendre son vélo pour se rendre dans sa cabane secrète qui se situe dans une forêt. C'est dans ce lieu décoré avec des objets de récupération que les trois amies vont vivre une aventure incroyable.

Un jour, elles aperçoivent un vieil homme qui sort du bois, complètement recouvert de peinture de toutes les couleurs. Du haut de sa cabane, Cerise observe cet homme mystérieux. Mais dès qu'elle détourne les yeux, il en profite pour s’éclipser.  Que faisait ce Monsieur Mystère en pleine forêt? Pourquoi était-il peinturluré de la sorte? Et surtout d'où venait-il et où allait-il? Les trois copines décident de mener l’enquête…


Je lis très peu souvent de bandes dessinées et par conséquence c'est un genre de littérature que je ne connais pas bien. J'ai découvert cette série chez mon amie Aline. J’étais très attirée par la couverture, j'ai feuilleté rapidement quelques pages et son enthousiasme partagé par sa fille m'ont convaincu de ne pas passer à côté…Ce fut une superbe découverte !

Je suis immédiatement rentrée dans l'univers de Cerise. La BD commence par « Il était une fois », ce qui plonge d’emblée le lecteur dans une ambiance de conte merveilleusement illustré. Les centres d’intérêts du personnage principal correspondent à mes passions et j’étais intriguée de découvrir les sources d'inspiration de cette petite fille. Cerise est une enfant joyeuse, pleine de vie,  curieuse, espiègle et j'ai vraiment aimé son univers ainsi que son rapport avec les gens.

J'ai particulièrement apprécié le fait que ce premier tome se trouve à la croisée de plusieurs chemins. Ce livre n'est en effet pas uniquement une BD. Il mélange en toute harmonie plusieurs genres : c'est à la fois un journal intime, un  récit illustré qui propose également la publication de lettres, de dessins, de photos et d'articles tirés de journaux. En ce sens, il y a un véritable travail artistique qu'il convient de saluer.

Cette BD s'adresse aux jeunes car elle s'inspire de leurs histoires d’amitiés et de leur quotidien mais je pense qu'elle plaira aussi aux adultes.  Les carnets de Cerise représente aussi un clin d’œil à nos tendres souvenirs d'enfance.

Au sujet des thèmes, j'ai été très touchée par l'histoire d’amitié intergénérationnelle entre Cerise et l'artiste peintre Michel Langer. L'auteur nous offre un album touchant et vivant où les rapports humains et l'entraide sont mis en valeur.  La construction est également très surprenante car une histoire en cache une autre, et vous retrouverez avec plaisir cet effet de surprise dans le tome 2.

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04 février 2019

Man and boy by Tony Parsons

man and boyWhen Harry holds his baby for the very first time, he thinks that Pat is the most beautiful boy in the world. Something chemical happens inside him and at he age of twenty-five years old, he is becoming a father. A happy man who has helped to bring another human being in the world…

Five years later, Harry is coming up to thirthy and seems quite sad and nostalgic about the time passing by. He wonders what would be the best way to celebrate his birthday : would it be better if we was having fun with his single friends in a pub or back at home with his wife and their beautiful son ? He thinks he is joining the old gits club so to recapture his glorious youth, he gets himself a red sport car.

Although Harry seems to have it all ( a beautiful wife with the longest legs he has ever seen, a lovely boy and a great job in the media) one night, he throws it all away...

When he gets back home, Gina is packing, determined to leave and she flees to Japan. Harry starts drinking too much, not eating enough, wondering how is life ever got so « fucked up ». He is facing the situation of being a single father which means microwave meals, bathtime, shopping, school run. Job.... After a few weeks struggling, Harry starts to be more positive and thinks that he can do it. Will life give him another chance to be happy ?

If there is something I like about books is to follow the different characters for a few years time, because you get to see how do they change according to different situations in their lives. People evolve and it's funny to think that within a week you can read a story which last for five years. I felt I knew Harry Silver. Really knew him, as a friend because I could understand what goes through his mind. The others characters are also very real. Harry's parents were likable though and added a nice tough. I was more doubtful about Gina's decision to make a fresh start in Tokyo ?

Pat, the little boy : I enjoyed him when he starts his first day at nursery and then makes some new friends at school. However, I sometimes found that there were too many repetitions about his interest for star wars ( but that's just a detail.)

The book is divided into three different parts and I never got bored. The last part about Harry's father was very emotional and realistic. The story takes place in England and I enjoyed the details about London.

Reading in English for me sometimes is like walking in the forest :  you don't know all the names of the trees but you are still enjoying it...These are all the news words I discovered in that novel : grundgingly, reliesh, ominous, brisk, gritty, fallible, to wallow, lore, haunches, guffaws of laugher, bashful (I love the sound of this adjective) spangly, unravelled...I better stop here.

The main reason why I bought this book from a second hand shop was that one of the reviews stated: "I cried five times and laughed out four." I love books that can make you smile and cry at the same time and this book is definitely one of those.

 

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27 janvier 2019

La plus belle précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg – éditions du Seuil

photoIl était une fois une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron qui vivaient dans une forêt très froide, quelque part dans un pays à l'est de l'Europe. Dans leur bois, le couple était saisi par le froid, la faim. La guerre à cette époque  faisait ses ravages. L'homme et la femme avaient beau travailler dur, leurs efforts apportaient de bien maigres récompenses.

La pauvre bûcheronne se lamentait de ne pas avoir d'enfants à nourrir, chérir, aimer alors que son mari remerciait le ciel de cette grâce. Depuis peu, un train passait dans le bois. Pauvre bûcheronne qui menait une vie sans distractions s'imaginait voyager elle aussi, s’arrachant à la faim qui lui tordait l'estomac, le froid qui lui piquait les mains et la solitude qui lui brisait le cœur. Voir ce train de marchandises traverser les paysages devient une activité qui se transforma en exaltation puis en espoir…

A bord de ce train, il y avait un jour une famille juive composée des parents et de leurs jumeaux : Henri et Rose. Nous sommes en février 1943 et le père de famille s'interroge, se demandant quel pays serait prêt à les accueillir ? Quel endroit du monde voudrait d'eux ?

Contraints et forces de monter à bord du wagon à bestiaux, le père comprend vite que sa femme n'aura bientôt plus assez de lait pour subvenir aux besoins de ses deux petits. Alors, il fait ce qui semble improbable. Il essaye de ne pas choisir entre la fille le garçon et passe un des deux par la lucarne du train, alors emmitouflé dans un châle de prière. Un geste fou qui relève à la fois de l'amour et du désespoir... L'enfant sera t-il sauvé ?

Ce livre est un conte, autrement c'est un récit court qui présente des faits avec une formule d'ouverture (« Il était une fois... », « Il y a bien longtemps... »), et se termine (normalement) par une formule de clôture « et ils vécurent heureux avec leurs enfants pour ne plus se séparer... »). Le conte a pour but de nous divertir et de nous faire retenir une morale.

Sauf que ...dans ce livre, Jean-Claude Grumberg parle des thèmes de la déportation et de la shoah en utilisant une histoire que l'on pourrait raconter aux enfants, aux collégiens, aux lycéens. L'auteur perturbe ainsi le lecteur en bousculant les codes de l’écriture. En effet, l'histoire démarre de manière assez bucolique avec un style narratif assez enfantin, simple cependant nous ne sommes pas pas dupes...Nous comprenons vite la terrible réalité de la situation. Ce livre rappelle que l'inconcevable a été non seulement conçu mais exécuté.

Pourtant dans l’épilogue, l'auteur conclue en disant que « rien, rien n'est vrai ». Je me suis interrogée sur ce choix. J'ai vu à travers cette conclusion un clin d’œil au négationnisme, à tous ceux qui doutent des faits historiques malgré la présence de preuves flagrantes rapportés par les témoignages, et ce à des fins racistes ou politiques.

L'auteur a choisi la forme du conte pour nous rappeler au devoir de mémoire. Un conte très réussi, un conte qui devrait figurer au programme de tous les établissements scolaires.

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22 janvier 2019

L'image des banlieues dans le roman Kiffe Kiffe demain de Faiza Guene - editions Livre de Poche

Kiffe-kiffe-demainLe roman Kiffe Kiffe demain de Faiza Guene se passe au cœur de Livry-Gargan, une banlieue parisienne habitée principalement par des immigrés qui vivent dans des conditions difficiles.Quelle image des banlieues dépeint Faiza Guène dans le roman Kiffe Kiffe demain  ? Qu'apprenons-nous sur le traitement des immigrés et des démunis dans ce livre ? Enfin, bien que la vie dans la cité du paradis soit très difficile, avons-nous aussi une impression favorable de la vie de ces quartiers ?

Les logements dans ces cités sont souvent petits, inconfortables, vieux et insalubres. Les habitants vivent dans des HLM : habitations à loyer modérés et la proximité entre les appartements restreint considérablement la vie privée de ses résidents. Dès le début du roman, Doria fait part de la grande déception de sa mère quand elle a découvert son appartement : « Elle m'a dit que la première chose qu'elle avait faite en arrivant dans ce minuscule F2, c’était de vomir. »(page 21). Cette citation est intéressante également car elle soulève la différence entre les rêves et la réalité perçue par les immigrés quand ils comprennent ce qui les attend en France.

Prenons l'exemple de Yasmina qui imaginait la France comme un pays romantique « comme dans les films en noir et blanc des années soixante »(page 21). Le lecteur saisit bien que la mère de Doria a rapidement déchanté car elle pensait « qu'ils avaient pris le mauvais bateau et qu'il s’étaient trompés de pays. »(page 21). Combien sont-ils comme Yasmina à idéaliser la France comme une terre d'accueil ouverte et chaleureuse ? L'immigration est un chamboulement linguistique, culturel, psychologique et la reaction de Yasmina suggère que l’immigré a tendance à glorifier, embellir le pays de destination dans ses rêves pour ensuite faire face à une dure réalité. Cette prise de conscience parfois entraîne par la suite un manque de son environnement ou une perte de sa culture, souvent accompagnée de nostalgie.

Parlons maintenant des conditions de travail des immigrés décrites dans ce livre. Les femmes analphabètes occupent des métiers précaires et sont victimes de racisme. Les patrons, comme M. Schihont abusent de leur pouvoir et font preuve de discrimination en appelant les arabes « Fatma », les noirs « Mamadou » et « tous les chinois Ping-Pong ». (page 14) Il utilise des surnoms péjoratifs et méchants. Le directeur terrorise ses employés, utilise le harcèlement moral, la violence verbale et ses méthodes anéantissent les travailleurs car ils se sentent exclus et inférieurs. Doria constate le désespoir de sa mère et confie : « Un jour, il l'a insultée et quand elle rentrée, elle a pleuré super fort. » (page 15)On retrouve d'ailleurs cette injustice page 119 quand Hamoudi alors employé en tant qu'agent de sécurité la nuit dans une entreprise de location de matériel hi-fi vidéo et informatique s'est fait « viré parce que des trucs ont disparu dans l'entrepôt ». Hamoudi a été accuse à cause de « cette sale gueule... », ce qui sous entend la couleur de sa peau ou ses origines.

Par ailleurs, lorsque Doria prend le métro pour passer le temps, nous avons une idée du multiculturalisme en France à travers le joueur roumain qui fait la manche avec son accordéon, les deux pakistanais qui vendent des marrons chauds, sa mère marocaine qui ne sait pas ce qu'est une manucure. Le chapitre six (page 29) traite de l'exclusion sociale et montre à quel point il est difficile pour ces personnes sans papiers de s’intégrer au sein de la société française.

Le livre parle également de la misère des habitants du quartier. Prenons l'exemple de la famille de Doria : elles ont des difficultés pour payer le loyer, les factures, elles achètent des vêtements d'occasion dans des vides-greniers et le baby-sitting payé trois euros de l'heure est « une vraie fortune » pour Doria. Le manque d'argent est un thème souvent souligné et cette pauvreté gène Doria car elle ne souhaite pas inspirer la pitié dans le regard de son entourage. Page 69, Doria déclare : « Je me sens régresser avec tous ces gens qui me traitent comme une assistée ». Cette précarité est mise en avant quand Doria n’a pas assez d’argent pour s’acheter un paquet de serviettes hygiéniques, ce qui nous fait comprendre que même l’accès aux produits de première nécessité est un vrai problème majeur. Doria confie avec dépit : « Le pire, c'est que j'avais même pas assez pour le payer et qu'elle m'a fait crédit. »(page 85) Ajoutons que dans ces quartiers, le taux de chômage est élevé, ce qui justifie la présence régulière des assistantes sociales qui tentent de proposer des solutions adaptées aux familles dans le besoin.

Cette misère est également présente au sein du milieu scolaire. Le roman parle également de la violence et de l’insécurité dans les zones d’éducation prioritaires. Les professeurs font souvent grève et le proviseur est victime d'agression « gaze à coups de bombe lacrymogène dans la face. » Dans ce climat de tension, il semble difficile d’étudier sereinement or nous savons que l’accès à l’éducation serait une des solutions qui permettrait de sortir de la spirale négative. Doria insiste que dans ces écoles les professeurs semblent impuissants et donc au lycée « c'est la misère » car les professeurs en ont « MARRE DE LA VIOLENCE. » (page 65)

Le roman montre aussi que les délinquants sont victimes des abus de pouvoir de la police. Quand Youssef est arrête « ils ont défoncé la porte, l'ont sorti du lit à coups de pied, mis tout sens dessus dessous dans l'appartement et l'ont emmené au poste. »(page 69) Ces méthodes plus que douteuses plongent Doria dans un sentiment profond d'injustice et lui donnent envie de s’évader, de quitter son quartier. Elle raconte son rêve dans lequel « J'allais de plus en plus haut, je voyais les HLM qui s’éloignaient et devenaient de plus en plus petits. » (page 71).

 Il semblerait que dans les banlieues le pouvoir de la religion soit très fort. La narratrice nous rapporte une scène très intéressante : « Je me rappelle qu'une copine m'avait donné un poster de Filip des 2 Be 3(...) toute contente je l'avais accroché sur le mur de ma chambre (...) le soir mon père est entré dans ma chambre. Il s'est mis dans tous ses états et a commencé à arracher le poster en criant : « Je veux pas de ça chez moi, y a le chétane dedans, c'est Satan ! » (p.43) Le père de Doria représente ainsi l'image typique du père maghrébin, très superstitieux, car son univers de référence est fortement imprégné par sa culture arabo-musulmane. Le pere de la narratrice n'admet pas l'intégration de sa fille à ce nouvel univers culturel. Ajoutons l'exemple du mariage de Lila : une union entre maghrébins et français. Cette mixité, quoique de plus en plus répandue en France, est sévèrement jugée par les deux familles, essayant chacune pour sa part, de conserver sa particularité et considérant ce phénomène comme très dangereux voire menaçant leurs traditions, religion et donc leur identité.

Rappelons que le thème de l'exclusion sociale est très bien traité lorsque Doria évoque un de ses souvenirs d'enfance en faisant référence au « bac à sable des français ». (page 89) Elle sous-entend ainsi que cet espace de jeux était uniquement réservé aux français de souche et autrement dit qu'elle ne pouvait pas se mélanger aux autres. Ce rejet était d'autant plus significatif quand les enfants ont fait une ronde et ont « refusé de lui donner la main ». Doria explique donc que la division existe à cause du manque d'ouverture d'esprit des parents qui interdisent la cohabitation entre les cultures. Mais, de plus l’aménagement urbain est responsable de cette inégalité car Doria dit page 90  « il y a quand même une séparation bien marquée entre la cité du paradis et la zone pavillonnaire Rousseau. Des grillages immenses qui sentent la rouille tellement ils sont vieux et un mur de pierre tout le long. Pire que la ligne Maginot ou le mur de Berlin». Cette comparaison suggère qu'il existe une véritable frontière entre les deux mondes, et par conséquence les habitants des banlieues sont frappés d'ostracisme.

Il parait toutefois important de souligner que tout n’est pas négatif dans cette oeuvre de fiction. Le livre montre également le sentiment de communautarisme et d'entraide qui existe entre les femmes maghrébines qui aiment « les réunions de femmes le mercredi après-midi autour de leurs machines à coudre Singer des années quatre-vingt, ça lui rappelait un peu le bled ».(page 33). Cette citation nous permet de comprendre le besoin des femmes de parler dans leur langue d'origine et de recréer ce qu'elles ont perdu. On retrouve ce sentiment dans l'organisation de la « fête municipale de Livry-Gargan »(page 51) dans laquelle les habitants prennent du plaisir à fréquenter « des stands de thé a la menthe et de pâtisseries orientales, le barbecue frites-mergues d'Elie. »(page 51) La gastronomie étant un moyen de célébrer leur culture d'origine. Les citoyens s'entraident, les femmes se soutiennent et des relations amicales et amoureuses se créent.

En conclusion, nous pouvons dire que Doria, issue de l'immigration maghrébine en France a du mal à s'intégrer dans la société française et de l'autre côté elle ne semble pas se reconnaître dans la culture du pays d'origine de ses parents. Cette distance est bien ressentie avec l'utilisation de l'indicateur de lieu “La-bas”. Le pays d'origine devient alors un espace étranger car les valeurs qu'il incarne ne correspondent pas a l'univers référentiel de la narratrice. Doria confirme ce décalage quand elle confie “La dernière fois que nous sommes retournées au Maroc, j’étais égarée.”(page 22) L’auteur nous offre donc un regard fort, lucide, franc sur la situation des immigrés en France en s’appuyant sur une variété d’anecdotes parfois tragiques et parfois touchantes. Elle montre que le phénomène de violence est très flagrant car il touche à tous les niveaux : violence à l'école, violence exercée par la police, violence faite aux femmes.

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Une femme au téléphone de Carole Fives – éditions Folio

caroleCharlène a plus de soixante ans. Elle est seule, elle s'ennuie alors pour tuer le temps, elle appelle sa fille. Enfin, appelle...on devrait plutôt dire harcèle car chaque jour elle décroche le combiné et compose le numéro de ses enfants. Simplement parce ce qu'elle a besoin de parler :  de tout et de rien…


Charlene multiplie les coups de fil. Elle fait partie de ces gens qui ont toujours quelques chose à dire, à raconter, à commenter sans forcement attendre un retour de la part de l'interlocuteur. Charlene ne s’épuise pas, c'est qu'elle en a du souffle pour compter tous ses malheurs : ses problèmes de santé, ses anecdotes sur les sites de rencontre sur internet, son amitié avec Corinne (sa voisine d’hôpital en phase terminale), ses angoisses, ses réactions face à l’actualité, ses petits problèmes techniques à la maison,  mais aussi ses petits plaisirs : le concert d'Arno, les feuilletons à la télé, le tricot, ses pauses cigarettes. « La clope, ça m'occupe, c'est comme une copine, c'est ma petite revanche sur la vie. »  Au fil des communications, nous comprenons que Charlene a beaucoup souffert pendant son enfance. Elle a enchaîné les rendez-vous avec les psychiatres qui semblent hésiter entre la bipolarité ou la dépression. 


En écrivant ce résumé, je me dis que certains d'entre vous vont se dire : d'accord... je passe mon chemin : solitude, tristesse, isolement de la personne âgée...mais non je vous en prie, restez encore un peu car je dois vous dire pourquoi il faut lire ce livre. Tout d'abord, parce que le livre est plein d'humour. Charlène c'est un sacré personnage ! Elle est envahissante, égocentrique, aigrie, acariâtre, étouffante, complètement centrée sur elle-même mais cette caricature est présentée avec un style oral décoiffant,  un argot bien maîtrisé ponctué d'expressions amusantes. Ensuite, la narratrice enchaîne les monologues en ne se mettant aucune barrière. Avec cette absence de filtres, le lecteur ressent dans l’écriture le pouvoir de  la liberté d'expression. Le style de Carole Fives est en ce sens comparable à celui de Marie-Sabine Roger : une écriture franche avec un personnage principal qui n'a pas sa langue dans sa poche.

C'est très finement construit car le lecteur n'entend jamais les répliques de la fille mais on imagine bien que celle-ci au vu des réactions maternelles ne peut pas en placer une. C'est original et je pense que ce livre plaira à ceux qui aiment les histoires qui dépeignent les relations familiales en utilisant un sens de l'humour caustique et grinçant. J'ai acheté ce livre car je trouvais la couverture attirante, j'ai découvert Caroles Fives et je suis bien maintenant bien tentée de lire ses autres romans.

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12 janvier 2019

Ice cream van

Voici une nouvelle inspirée par les marchands ambulants de glace qui au volant de leurs camionnettes font la joie des enfants à la sortie des écoles. On les entend et on les voit dès que les premiers rayons de soleil apparaissent au printemps en Angleterre...

 

Ice_cream_van

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06 janvier 2019

La petite annonce

Dans mes tiroirs, traînent des histoires et depuis peu j'ai décidé de venir les partager au sein de cette nouvelle rubrique intitulée dans mes petits carnets de notes.

Voici l'histoire d'Angèle le Blevec, une femme âgée de soixante-ans.  Suite à la lecture d'une petite annonce dans un journal local, cette femme verra son destin basculer de manière inattendue vers une nouvelle aventure.La_petite_annonce___J_Mahe

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31 décembre 2018

Seulement si tu en as envie de Bruno Combes – éditions J'ai lu

IMG_20181231_130343_HDRVu de l’extérieur, Camille mène une vie parfaite. Brillante avocate parisienne, elle travaille au côté de son mari Richard. Tous deux s'investissent au sein du même cabinet qu'ils ont juste crée après leur mariage. Leur fils, Lucas, est un adorable petit garçon de huit ans. Vanessa, leur fille, donne parfois l'impression d’être une adolescente que l'on dérange souvent lorsqu'elle est en pleine conversation avec ses centaines d'amis virtuels sur les réseaux sociaux.

En apparence, Camille semble faire face mais nous comprenons dès le premier chapitre que son mariage s’épuise. L'esprit cartésien de son époux, le fatalisme à l’idée de passer du temps dans la « maison de famille » comme se plaisait à le répéter Maryse sa belle-mère et la lassitude du temps sont des facteurs qui plongent Camille dans un sentiment diffus d'angoisse.

Or, un jour, au travail sa secrétaire l'informe qu'elle a reçu un appel de la part de Stephen Lodgers avec un message particulier : «  Dites-lui qu'elle me contacte, mais seulement si elle en a envie. » Cette proposition perturbe Camille et la replonge vingt-sept ans en arrière, à Archacon, avec ce premier garçon qui a fait battre son cœur. Après quelques recherches sur internet, elle découvre qu'il est devenu bouquiniste et qu'il vit entre ses librairies de Paris et de Londres. Camille osera t-elle reprendre contact ?

Ainsi s’achèvera l’année 2018 avec un roman écrit par un homme, ingénieur de formation qui utilise une écriture délicate et subtile pour distiller les émotions, les doutes et les espoirs de ces personnages. J'ai lu ce livre très rapidement. C'est romantique certes avec un léger côté fleur bleue mais j'ai passé un très bon moment auprès de Camille qui fait le point sur sa vie, sur ses choix de femme et qui se demande ce qui définit son bonheur. Ces questions sont légitimes et j'ai été touchée par cette mère de famille, par sa fragilité, par sa personnalité multiple et complexe, par ce qui l’étouffe...

Ce qui est intéressant dans ce livre, c'est la part égale accordée aux différents personnages. Les chapitres sont courts et démarrent tous avec une sorte de préambules philosophiques qui invitent le lecteur à réfléchir sur le bonheur ou la part de rêve qui sommeille en nous.

« Cette part de rêve que chacun porte en soi, doit-on la vivre ? Dès que les rêves basculent dans la réalité, ils s'envolent. La frustration devient alors un fragment de bonheur, comme si l'attente était plus belle que la rencontre. »

J'ai été touchée par le personnage de Stephen bien que certains traits de son existence étaient parfois un peu balayés à mon goût mais dans l'ensemble il reste un personnage crédible.

Bruno Combes suggère dans ce livre qu'il existe parfois un lien particulier qui existe entre deux personnes, un sorte de fil fort, indestructible qui ne peut être brisé ni par le temps, ni par la distance ni par les épreuves de la vie.

Je sais qu'il existe un tome deux et paradoxalement bien que cette lecture fut passionnante, je ne ressens pas le souhait de lire immédiatement la suite. Peut-être figurera t-il dans mes lectures de 2019...ou pas ?

En attendant, avec quelques heures d'avance and with just a few words, je viens vous souhaiter à tous et à toutes mes vœux. Que l’année prochaine soit belle et riche en découvertes littéraires.

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