Après avoir lu

22 janvier 2020

Suite française d'Irène Némirovsky - éditions Folio

Chapitre 12

82654161_10157941116698695_7178051843916824576_nLa lecture du chapitre 12 est éprouvante. C'est la deuxième fois que j'analyse ce livre en classe. Le relire pendant ces journées de pluie me fait beaucoup penser à l'autrice, aux circonstances dans lesquelles elle a rédigé ce roman. Elle, Irène Némirovsky, héroïne tragique,  a écrit cette chronique noire tout en sentant cette épée de Damoclès au-dessus d'elle.
J'ose espérer une chose : que l’écriture de ce roman ait pu avoir un quelconque pouvoir cathartique sur son destin.

Le chapitre 12 est très angoissant. Nous sommes en compagnie du couple modeste des Michaud qui poursuivent leur voyage dans des conditions terribles. Pour être le plus réaliste possible et nous faire prendre conscience de l'horreur du contexte, Irène Némirovsky utilise le champ lexical de la guerre. Relevons les nombreux termes suivants : « un camion militaire, de réfugiés, avions ennemis, le bombardement, l'alerte, sirène, des avions italiens et allemands, blessant, tuant, sang chaud, des blesses, la bousculade... ».

Au départ, Maurice et Jeanne ont un moment de répit. Ils trouvent refuge dans une maison « déjà encombrée de réfugiés ». La narration offre une pause réconfortante : ils se restaurent, ils font leur toilette et donc « ils se sentirent mieux ». Mais ce moment d’accalmie est éphémère. En effet,  le lecteur bascule ensuite subitement dans un climat d’épouvante avec la citation suivante : « le bombardement éclata. » L'utilisation du passé-simple ici vient renforcer le caractère soudain et inattendu de l'attaque.

A partir de ce moment-là, nous assistions à la description d'une authentique scène de guerre. Commençons par remarquer que le combat n'est pas seulement visuel mais aussi sonore : « dans le tintamarre des autos, les cris des enfants, le bruit de la foule affolée, on entendant à peine ce faible et ridiculise tintement. ». L'interrogation : « Tiens, c'est une alerte ? » souligne l’incompréhension générale. Les gens observent le ciel et sont affolés. Ce sentiment de panique collective est palpable lorsque Jeanne déclare : « Mais il tire, il va tirer, nous sommes perdus... ». Ici, Irène Nemirovsky utilise deux figures de style dans une même phrase. La première est une  gradation ascendante qui est une figure d’amplification. Elle crée un effet de dramatisation. Elle permet de donner plus d’intensité à l’expression et apporte du rythme à la phrase. La seconde est une aposiopèse qui est une figure de rupture de construction. Elle consiste à interrompre une phrase ou un vers sans achever sa pensée. L’aposiopèse révèle une émotion, une hésitation ou une allusion. Ici , la phrase “nous sommes perdus... » annonce la prise de conscience d'une mort imminente.

Face au désespoir, Irène Némirovsky analysez en détail le comportement des mères de familles. “Des femmes, prises de panique, jetaient leurs enfants comme des paquets encombrants et se sauvaient.” La puissance du langage ici frappe le lecteur. Irène Némirovsky se concentre sur les gestes. Elle passe au peigne fin les comportements des femmes afin de nous faire comprendre le caractère irréel de la situation. « Parfois elles portaient une sorte de cri sauvage, étranglé, qui ne ressemblait a aucun autre ». L'utilisation de l'adjectif « sauvage » nous fait penser à un cri d'animal. Une fois de plus, Irène Némirovsky compare l'attitude de ses personnages avec des bêtes traqués et apeurés. Cette impression est de nouveau relatée avec la citation suivante : « d'autres saisissaient les leurs et les pressaient contre elles avec tant de force qu'elles paraissaient vouloir les faire rentrer de nouveau dans leurs flancs. » Le milieu du ventre ici désigné sous le nom de « flanc » est un détail anatomique que l'on utilise aussi pour les animaux. L'autrice utilise également des détails sordides qui suscitent le dégoût : « de sa tête fracassée s’échappait le sang. Ce sang chaud avait giclé sur la robe. » La répétition du mot « sang » nous laisse imaginer que cette scène est affreusement violente.

 

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Bien que ce soit « trop dur pour elle », remarquons que Madame Michaud est une femme douce, solidaire, généreuse et prête à venir en aide aux plus vulnérables, en l’occurrence les enfants. L'utilisation de nombreux verbes d'actions à l'imparfait montre sa capacité à garder la tête froide et prendre des initiatives. En effet, elle « appelait...groupait...prenait...retournait ».

Nous voyons également que c 'est une femme qui incarne l'optimisme . Les interrogations : « On croit toujours voir le sien, n'est-ce pas ? Peut-être est-il dans un coin tranquille ? » sont des questions rhétoriques qui  mettent en valeur son optimisme. On a l'impression qu'elle continue son chemin, guidée par l'espoir indestructible de voir apparaître « tout à coup, à ses yeux, le sien,  son fils, son amour. »

Chapitre 13

Jean-Marie , l’enfant unique des Michaud, a été blessé deux jours auparavant dans le train bombardé, et se trouve maintenant dans un camion avec d’autres soldats blessés.

Jean-Marie est à demi inconscient, et pense vaguement à son enfance, à la ferme de sa nourrice où il passait ces vacances de Pâques. Flottant dans la douleur et la confusion des images et des sons qui l’entourent, il déclare : « «La volaille doit se sentir comme nous quand l’épervier vole...» Ses pensées sont interrompues par une image morbide de la mort ; il s’imagine maigre et nu, jeté en terre comme un des poulets que sa nourrice tuait dans son enfance. Il est dans un tel état de faiblesse qu'il pense que c'est la fin : « C’était la mort...et moi aussi j'ai été saisi et emporté , pensa-t-il...saisi et emporté  ».

Le chapitre 13 nous donne aussi une idée de la vie à la campagne à cette époque.  Jean-Marie a beaucoup de fièvre et le Major lui trouve une maison de campagne «  à l’écart de la débâcle » pour qu'il puisse se reposer. Les femmes des fermes se plaignaient car « les hommes partis, elles avaient assez a faire avec les travaux des champs et les soins a donner aux bêtes sans s'occuper des blesses qu'on leur imposait ! ». Le point d'exclamation ici souligne la charge de travail.

Jean-Marie est soldat et d'une certaine manière on peut dire qu’il est patriote. Il est prêt à se sacrifier pour sa patrie et pour son peuple. On remarque qu'il est sympathique, car même dans son état de souffrance, il ne se plaint jamais de sa situation. La fin du chapitre 13 apporte une note plus douce et réconfortante. Le soldat, agonisant et blessé, se trouve à côté de « la belle-fille de la fermière ». La description physique de ce nouveau personnage est valorisante : « elle était jeune, elle avait une figure fraîche... ».

A son contact et en sa présence, Jean-Marie se sentait : « apaisé et presque heureux. »

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14 janvier 2020

Mes amis devenus de Jean-Claude Mourlevat – éditions Pocket

83180309_10157917602578695_888385573968936960_oAgé d’une soixante d’années, Silvère Benoit reçoit un jour une proposition surprenante de la part de Jean, son plus fidèle et ancien ami du lycée, à l’époque il vivait dans la région de Clermont-Ferrand. L’idée étant « de louer une maison quelque part, pour trois ou quatre jours, et chacun viendrait seul, sans conjoint. On marcherait. On mangerait bien. On pourrait ce raconter ce qu’on est devenus. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Au départ, Silvère, peu adepte des retrouvailles, ne semble pas complètement convaincu de l´intérêt de ce projet. Toutefois, en dépit de son apparente réticence, il finit par accepter et décide de louer une maison aux murs blancs, aux volets bleu océan sur l’île de Ouessant. Sur le port de l’embarcadère, il est prêt à accueillir Jean, Luce, Lours´et Mara qu’il n’a pas vu depuis quarante ans. Une multitude de questions traverse son esprit : certaines futiles et d’autres plus existentielles.

Mais avant d’assister à cette rencontre nostalgique, Silvere, écrivain, commence par raconter des anecdotes sur son enfance, des souvenirs au sujet de sa scolarité tout en intégrant des histoires émouvantes sur ces anciens amis. Dès le début, inquiet, intrigué, envahi et submergé par les émotions, le narrateur s’interroge à l’dée de revoir Mara. Il se pose les questions suivantes : « Où Mara sera-t-elle assise ? Comment sera-t’elle habillée ? Quelle chambre prendra-t-elle ? La contraction de mon estomac à cette évocation m’amuse et me désole : est-ce que je serai jamais guéri ? »

Je m’engage peut-être un peu vite mais quelque chose me dit que ce livre a ses chances d’être bien classé dans mes lectures de cette année. Tout d’abord, car dès le début de l´histoire j'ai moi aussi embarqué à bord de ce ferry en direction d’une île bretonne, bercée par le ressac des flots et la poésie de Jean-Claude Mourlevat. Cet auteur nous promet d’assister à des retrouvailles touchantes mais nous emporte auparavant sur les chemins de son enfance. L’auteur tisse une toile, plante le décor afin de nous faire comprendre  ce qui le lie à Luce, Jean, Lours´ et Mara et pourquoi ensemble ils forment les cinq doigts de la main.
A tour de rôle, les membres vont livrer des bribes de ce qu'ils sont devenus, confier leurs amertumes mais aussi leurs déchirures. Ensuite, les titres de chapitres sont très intrigants et une fois le contenu lu, je n'avais de cesse de revenir en arrière pour relire les intitulés.

Dans ce livre, il est question de la longévité de l’amitié mais aussi de l'amour pure voire indestructible du narrateur qui déclare : " Le bon sens voudrait qu’avant de tomber amoureux on prenne le temps d’observer la personne concernée sous toutes ses coutures, qu’on prenne connaissance de son milieu social qu’on évalue son niveau de raisonnement, sa sensibilité, son humour […] Une fois tous ces éléments prix en compte et bien pesés, alors oui, on pourrait s’engager. Je ne me suis pas conformé du tout à ces sages principes."

Dans ce roman mélancolique à caractère autobiographique,Jean-Claude Mourlevat évoque aussi mai 68, partage des références musicales et aborde le thème des écarts sociaux-culturels. Mais, surtout il fait en sorte d’arrêter le temps en l'espace de quatre jours.

Ce magnifique roman est une escapade douce en Bretagne, entre espoirs et regrets.

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09 janvier 2020

Les choses humaines de Karine Tuil – éditions Gallimard

 

81904263_10157902091448695_3363453378431549440_oClaire Farel, jeune franco-américaine est âgée de vingt-trois ans lorsqu'elle effectue un stage à la Maison Blanche. En 1995, elles étaient trois  à avoir franchi la résidence officielle et le bureau du président des États-Unis : Monica Lewinsky, Huma Abedin et Claire Farel. Réalité ou fiction déformée s'appuyant sur des véritables faits ? La suite, le scandale...vous connaissez, n'est-ce pas ? Ainsi, démarre l'histoire.

C'est  à Washington,  à cette époque-là, que Claire rencontre celui qui allait devenir son mari , le célèbre journaliste politique français Jean Farel. De vingt-sept ans son ainé, il l'a propulsée dans un milieu social et intellectuel auquel elle n'aurait pas pu accéder si jeune et sans réseau d'influence personnel. De leur mariage bancal, naît Alexandre.

Au début du mois d'octobre 2015, Claire quitte brutalement son mari après avoir tenté vainement de se raisonner. De ne pas céder  à la dépendance corruptrice, au désir, au mirage des sentiments,  à tout ce qui finit par aliéner, affaiblir. En dépit de la peur de l'inconnu, de sa morale et un certain conformisme, la séparation fut prononcée, accélérée par un cancer du sein qui l'avait convaincu qu'il n'y avait pas de plus grand désastre que de renoncer  à vivre.

Claire s'installe alors avec Adam Wizman, professeur de français dans une école juive.  Jean, lui de son côté, ne s’était jamais résigne à se séparer de sa compagne de l'ombre : Françoise avec qui il entretenait une complicité intellectuelle forte de longue date.

A l'annonce de divorce de ses parents, Alexandre avait joué le rôle du fils compréhensif et conciliant. Étudiant à  l’université de Stanford, son avenir radieux semble tout tracé. Cependant, Alexandre a un côté face solaire mais d'un point de vue social, il est sombre et renfermé. La séparation délicate avec son amie Yasmina Vasseur le plonge pendant six mois dans un état d’instabilité morale, oscillant entre un désespoir total et une sérénité de façade.
Or, un soir Alexandre perd pied. Une accusation de viol va faire vaciller son avenir dans la prestigieuse université et démolir la nouvelle construction socio-familiale récemment établie. Comment et pourquoi Alexandre a t-il basculé ? C'est ce que le procès tentera de comprendre.

Il s'agit de ma première lecture de Karine Tuil. Commençons par dire que ce roman a obtenu deux prix littéraires : le prix interallié et le Goncourt des lycéens 2019. D'habitude, je ne suis pas une grande adepte des prix littéraires mais là il faut reconnaître que la distinction est juste et méritée.

L'autrice s'est appuyé sur un fait divers, à savoir l'affaire dite de “Stanford” qui a eu un grand retentissement aux États-Unis au cours de l’année 2016. D'autres faits d’actualité ponctuent ce roman : les attentats en France dans une école juive en 2012. l'affaire DSK, les viols à Cologne en janvier 2016 lorsque des centaines d'allemandes s’étaient rendues dans les postes de police pour porter plainte contre des agressions sexuelles et bien-sur ce livre vient faire écho avec les événements plus récents tels que l'affaire Weistein, le mouvement #MeToo en soulevant la fameuse défense de la zone grise. Page 283, Karine Tuill s'interroge et demande : “ Mais c'est quoi, la zone grise, puisque je n'ai jamais été consentante ? La zone grise, c'est une zone inventée par les hommes pour se justifier, dire : les choses n’étaient pas claires, je pensais qu'elle voulait, je me suis trompé, et passer à autres chose sans avoir à se sentir coupables ni rendre des comptes pour le mal qu'ils ont fait.”

Ce livre finalement dit qu'aujourd'hui les femmes parlent et révèlent leurs secrets qui les ont longtemps enfermées dans le silence à cause de la honte et de l'humiliation. Au début, ma lecture fut assez laborieuse car je trouvais le personnage de Jean Farel complètement imbu de lui-même et insupportable. La description du milieu journalistique respire la manipulation et les coups arrangés.
Mais la deuxième partie du livre est très prenante. La lecture du procès est saisissante. On a vraiment l'impression d’être dans le tribunal quand on lit les dépositions. C'est une lecture que j'ai trouvé par moment stressante et dérangeante.
Karine Tuil signe un roman puissant, qui expose les failles de la société actuelle et l'importance de la libération de la parole. En littérature, ce n'est pas un exercice facile de s'appuyer sur un fait d’actualité pour ensuite écrire un roman social noir qui ne tombe pas dans la caricature.

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08 janvier 2020

Suite française d' Irène Némirovsky - éditions Folio

Chapitre 10

Dans le chapitre 10, la famille Péricand poursuit son voyage dans des conditions terribles et chaotiques. Ils ont eu des problèmes avec leur voiture et la métaphore suivante « la panique grandissait, se répandait d´une ville à l’autre comme une flamme » montre que la peur est un sentiment qui se propage comme une traînée de poudre. De plus, la pénurie d’essence inquiète les automobilistes. La citation suivante souligne le chaos : « Les voitures attendaient le jour pour s’approvisionner en essence. Déjà elle manquait. » La confusion règne dans le village car « on demandait des nouvelles aux réfugiés. Ils ne savaient rien. »

Dans ce chapitre, l’auteur peint une image de la France en proie à l´angoisse. Elle analyse le chaos et l'errance qui règne en France à cette époque. Elle met en scène des personnages menacés par le désordre, la peur, l’errance, la perte, mais qui tentent de «résister », de s’en sortir en prenant les chemins de l’exode. Les gens sont fatigues, cherchent désespérément un endroit pour dormir ou quelque chose à manger. Les réfugiés sont épuisés de marcher sous le soleil. Analysons les citations suivantes : « Il y avait trop de réfugiés. Il y avait trop de figures lasses, livides, en sueur, trop d’enfants en pleurs, trop de bouches tremblantes qui demandaient : Vous  ne savez pas ou on peut trouver une chambre ? Vous ne pourriez pas nous indiquer un restaurant, madame ? ». Dans cet extrait, la répétition de l’adverbe d'intensité « trop » vient renforcer l’image d'une foule hagarde, vide, lasse, à la recherche d’une solution, voir d'un miracle. Outre le thème du manque de vivres, la question que soulève Tempête en juin est celle du véhicule qui permettrait d’échapper aux Allemands. Ceux qui disposent d’une voiture sont des privilégiés et sont prêts à tout pour continuer leur voyage.

Par ailleurs, nous remarquons que dans ce contexte alarmant les gens sont guidés par l’individualisme. La citation « aucun n´avait l’idée d’ouvrir sa porte, d’inviter chez lui un de ces malheureux, de le faire pénétrer dans un de ces paradis ombreux. » montre que les plus privilégiés ne pensent qu’à eux. Ils ne font pas preuve de solidarité. « Cela décourageait la charité ». Irène Némirovsky va même jusqu'à dire que  « cette multitude misérable n’avait plus rien d´humain ; elle ressemblait à un troupeau en déroute ». Une fois de plus, l’auteur compare les victimes avec des animaux qui agissent en suivant le cours des événements, impuissants et fragiles.

Dans le chapitre 10, une des réflexions d'Hubert nous fait également sourire. Alors que la pénurie d'aliments inquiète les habitants, Hubert annonce à sa mère qu'il a trouvé deux boutiques bien garnies. Sa mère, surprise lui demande où elles sont. Ce à quoi, il répond qu'elles vendaient « des pianos et des articles funéraires ». L'humour est cynique mais il montre aussi le besoin d’être léger dans les moments graves. L'innocence et la naïveté d'Hubert permet à l'autrice d'utiliser le registre comique dans un contexte tragique.

Les Péricand réalisent que dans les villages il n'y a plus rien à manger.

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Au départ, Mme Péricand n'est pas pleinement consciente de la gravité de la situation, si bien qu'elle encourage ses enfants à partager leur nourriture. « C'est le moment de mettre en pratique ce que tu as appris au catéchisme ». Mais curieusement, elle partage ses vivres avec les enfants « de bonne famille ». Dans l’église, les femmes pleurent leur désarroi. Lorsque Mme Péricand comprend qu'il n'y a plus rien dans les magasins, elle met de côté sa « charité chrétienne ». Elle sait désormais qu'ils « étaient seuls dans un monde hostile, ses enfants et elle. Il lui fallait nourrir et abriter ses petits. Le reste ne comptait plus ». Cette ultime phrase vient sonner le glas. Elle annonce la fin du partage et la nécessité de se préoccuper uniquement de ses proches.  On peut évidemment s'interroger sur l’authenticité de la foi chretienne de Mme Pericand dans ce passage. 

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Le narrateur omniscient décrit les sentiments des personnages, et la laideur de la nature humaine est une manifestation souvent répétée. Les personnages sont unifiés par la guerre qui les pousse sur la route. Le sujet est évidemment sinistre, mais ce qui est aussi pessimiste c'est l’impuissance de l’homme qui fait face à la fatalité.

Chapitre 11

Le début de ce chapitre montre les difficultés ressenties par les marcheurs qui traversaient la France, ceux qui voulaient fuir « la France qui était en flammes ».   Tous sont terrassés par la fatigue, la faim et l’inquiétude. « Les pauvres, les malchanceux, les faibles » n'ont pas de voiture donc on comprend facilement que physiquement l'exode est beaucoup plus éprouvante pour eux.

Le sentiment de désespoir est très présent car le peuple perd la face. Ils envisagent de mourir sur la route. « Quand ils se laissaient tomber sur le sol, ils disaient qu'ils ne se relèveraient plus, qu'ils crèveraient la, que mourir pour mourir, autant valait rester tranquille ». Notons au passage que l'utilisation du verbe « crever » appartient au langage familier et vient renforcer l’idée que cette « multitude confuse » de marcheurs n'a plus rien d'humain. Personne ne semble se soucier de leurs sorts. Ils sont complètement livres à eux-mêmes.

Mais dans ce contexte terrible, une citation  montre que la notion d'entraide est différente chez les pauvres, les malchanceux que chez les bourgeois. Page 101 « Il y avait entre eux de la pitié, de la charité, cette sympathie active et vigilante que les gens du peuple ne témoignent qu'aux leurs ». Cette citation montre que « malgré la fatigue, la faim, l’inquiétude »les pauvres s’entraident. Leur élan de générosité contraste fortement avec l'attitude de Mme Pericand qui ne pense qu'à elle et se comporte en fausse chrétienne.

Dans Tempête en juin, les personnages sont nombreux. La plupart de ceux -ci possèdent des caractères relativement négatifs, et il n’y a guère qu’un seul couple qui soit vraiment noble. Seuls les Michaud sont attachants de par leur bienveillance. « Elle même tenait des enfants par la main tandis que son mari chargeait sur sur son épaule tantôt un ballot de linge... ». Ils agissent avec courage et leur attitude souligne leur générosité et leurs valeurs humaines. Mr Michaud est un personnage unique dans le roman dans la mesure ou il ne se plaint pas. « Il n'attachait pas beaucoup d'importance a lui même ». Il est très humble et ne se considère ni « rare » ni « irremplaçable ». « Il se souvenait que les exodes avaient eu lieu de tout temps ». Les commentaires d’Irène Némirovsky sont encore valables aujourd'hui car aujourd'hui les flux migratoires de population ne cessent d'augmenter, aboutissant parfois à des scénarios catastrophiques pour ensuite être récupérés par certains partis politiques, ne manquant pas de transformer la tristesse en polémique.

Madame Michaud est toujours plongée dans l’inquiétude. Sans nouvelles de son fils, elle croit le voir, comme « une sorte d'hallucination. » Une fois de plus, l'autrice utilise une aposiopèse quand elle écrit : « Oh ! Maurice, ce n'est pas... ». Cette figure de style renforce sa peine légitime. Le lecteur partage sa douleur.  

ch3Ce chapitre se termine avec la scène terrible des bombardements. Quand les ennemis ont commencé a mitraillé, ce fut l’incompréhension générale.Les Michaud ont survécu a cette tuerie massive. Mais malheureusement ils découvrent des cadavres. Les descriptions crues sont fréquentes et la puissance du langage frappe le lecteur. En lisant cette scène, le lecteur peut ressentir de l'effroi (« leurs corps étaient déchiquetés » et un sentiment d'injustice car la guerre frappe au hasard des personnes innocentes. Le lecteur a pitié et peur pour l'avenir des Michaud.
Le dernier paragraphe dresse une succession de questions. « Pourquoi ? La banque existait-elle encore ? M. Corbin n'etait-il pas enterre sous;es decombres avec ses dossiers ? Ses valeurs ? Sa danseuse ? ». La multitude d'interrogations vient ici questionner le sens de ce voyage. A quoi sert-il, si ce n'est de servir l’incompréhension et le doute ?

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04 janvier 2020

Les belles vies de Benoît Minville – éditions Sarbacane

81127111_10157885329933695_5486362799816835072_oVasco et Djibrill sont deux adolescents bien agités, un brin turbulents qui vivent dans une cité de la banlieue parisienne. Djibrill vient de passer de justesse en première scientifique alors que Vasco achève sans grand succès sa formation pour devenir apprenti. C'est la fin de l’année scolaire. Suite à une bagarre devant l’école, les deux frères de cœur inséparables se retrouvent au commissariat. La mère de Djibrill qui élève seule ses enfants est abasourdie. Les parents de Vasco, immigrés portugais, sont furieux. Hors de question que leur fils délinquant en herbe rentre au bled cet été. Alors, que faire ? La mère de Vaco a un  plan : envoyer ces deux adolescents en pension au cœur de la Nievre. La rénovation d'une vieille grange appartenant à une connaissance proche devrait les faire mûrir un peu...


Vasco et Djibrill se retrouvent alors perdus au milieu de la campagne, chez “Tonton et Tata”. Ce couple de personnes âgées au cœur d'or s'occupe d'enfants de la DDASS depuis 1976. Ils ont actuellement en charge une ribambelle de jeunes : deux adolescents perdus Dylan et Jessica, des jumeaux Gaétan et Gwen, trois autres jeunes enfants : Farah, Sirine et Kamel, sans oublier la mystérieuse Chloé. L’arrivée des deux parisiens dans ce village ne manque pas de susciter quelques remarques suspicieuses et désobligeantes.

Les deux jeunes hommes qui sont là pour l’été vont vivre des expériences nouvelles, loin de la grisaille et de la morosité.  Ils vont apprendre à tisser des liens avec l'ensemble des habitants de la maison. Ils vont découvrir un tas d’activités nouvelles et simples telles que ramasser des œufs dans un poulailler, cueillir des champignons, faire des tours de vélo, se baigner dans une rivière. Apprécier le calme et la sérénité de la vie à la campagne.

J'ai lu ce roman qui se passe en été en plein hiver. Les belles vies est un roman lumineux, frais et apaisant. Il parle de rencontres fortes dans un espace temps limité. Issus d'environnements géographiques différents, l'auteur nous montre comment les adolescents vont apprendre à vivre ensemble pour mieux s'apprivoiser. On se doute un peu de l’évolution de la suite mais j'ai envie de dire peu importe car l'auteur nous plonge dans un colocation intergénérationnelle joyeuse et dynamique.

Le livre met en valeur l'investissement précieux de cette famille d'accueil qui travaille sur la gestion des émotions de ces enfants victimes de maltraitance ou d'abandon. La tache est vaste : apprendre à canaliser sa nervosité, gérer son agressivité, valoriser l'estime de soi. Le livre dénonce aussi les absurdités du système judiciaire qui vient souvent saboter l'engagement professionnel des travailleurs sociaux. En effet, en dépit des rapports délivrés par les psychologues ou les éducateurs, la loi permet des rencontres parentales qui viennent souvent perturber l’évolution de l'enfant placé.

J'ai beaucoup aimé le personnage de Chloé. L'auteur a réussi à maintenir le mystère autour de cette jeune fille passionnée de théâtre, tout en la montrant sensible, déterminée, courageuse et attachante.

D'un point de vue littéraire, l'auteur jongle entre les styles. Tantôt familier quand il donne la paroles aux adolescents, Benoît Minville se montre aussi doux et poétique quand il évoque la beauté de la campagne de manière très bucolique.

Le livre évoque aussi l'image d'une France hostile, celle qui a peur de l'autre, du nouveau, de la différence. On retrouve ce comportement raciste au sein de plusieurs générations.

Pour finir, j'ai aussi beaucoup apprécié la douceur et la sensualité évoquée dans certains passages de ce roman. On referne ce livre en se demandant bien ce qui va se passer pour eux. La fatalité va t-elle les faire sombrer ou bien vont-il faire face à un avenir plus solide ?

J'ai lu ce livre dans le cadre des recommandations d'une jeune blogueuse qui partage ses coups de cœur sur une chaîne intitulée Le souffle des mots. https://www.youtube.com/user/lesouffledesmots Je trouve que cette chroniqueuse fait un travail littéraire remarquable. C'est la première fois que je lis une des ses suggestions. Je profite de ce message pour lui dire tout d'abord merci et pour l'encourager à poursuivre son travail car je trouve ça vraiment chouette de partager sa passion avec autant d'enthousiasme. 

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30 décembre 2019

2019, une année de lecture haute en couleurs...

roald-dahlSi vous fréquentez ce blog depuis plusieurs années, vous remarquerez que c'est la première fois que je me lance dans l’idée de faire un bilan de mes lectures de l’année. De faire un classement et de mettre ainsi en avant mes dix coups de cœur de 2019.
Je crois n'avoir jamais autant lu et publié depuis la création de ce blog qui poursuit depuis mars 2012 son petit bonhomme de chemin, avec de belles découvertes.

La lecture m'apporte tous un tas de bienfaits : de l’évasion, des connaissances, du réconfort, de l'envie d'en savoir plus, du réconfort, des sensations fortes et uniques. Grâce aux livres, j'ai crée des liens et rien ne me touche plus que lorsque quelqu'un m’écrit un message avec une photo de librairie ou bien un article en rapport avec ma passion. Il y a peu de temps, Bénédicte m'a contacté et m'a écrit  :”J'ai pensé à toi en lisant ça...”. Suivait un article mentionnant la tradition à Noël en Islande d'offrir un livre. Qu'est-ce que le Jolabokaflod ? Je vous invite à lire l'article suivant qui explique en quoi consiste cette tradition islandaise.

https://www.comment-economiser.fr/offrir-des-livres-a-noel-une-belle-tradition-islandaise.html


Pour 2019, j'ai envie de mettre l'accent sur deux romans coup de poing pour lesquelles les auteurs se sont appuyés sur des faits historiques pour publier deux récits incontournables. Le premier, La Plus Précieuse des marchandiseshttp://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2019/01/27/37052982.html de Jean-Claude Grumberg est un conte philosophique, une histoire pour lutter contre l'oubli, un livre qui vient superbement rendre hommage aux victimes du nazisme et qui vient faire écho avec le roman Tempête en juin d’Irène Némirovsky. Ces deux auteurs ont en commun de décrire la douceur de la nature, la beauté d'un paysage parisien tout en dessinant une toile de fond angoissante.

Le second, L'Archipel du chien http://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2019/11/13/37786376.html découvert récemment vient perturber et interroger le lecteur sur un sujet polémique, à savoir la crise migratoire. Il expose un fait divers : trois cadavres de migrants retrouvés morts, échoués sur une plage d'une île dans le bassin Méditerranéen. Que faire ? Comment faire ? Pourquoi agir ? Philippe Claudel dérange en posant toutes ces questions qui nous mettent face à notre responsabilité ou notre égoïsme.

Cette année fut aussi marquée par une découverte masculine, à savoir le destin incroyable de Chris McCandless qui aurait dû poursuivre une carrière universitaire prodigieuse mais qui pour des convictions personnelles a choisi de vivre une aventure extrême au milieu d'une nature solitaire et des grands espaces verts. L'adaptation cinématographique a été a la hauteur du récit journalistique. Into the wild http://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2019/05/22/37365877.html restera à mes yeux une ode d'un homme prêt à vivre jusqu'au bout de ses rêves.

J'ai également envie de citer dans ce bilan une découverte, peut-être tardive, mais mieux vaut tard que jamais,mon plaisir de lire plus de romans en version originale. Je crois que c'est une question d'habitude. J'ai démarré au mois de mars avec Me before you de Jojo Moyes  http://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2019/04/09/37247619.html et j'a adoré suivre l'histoire de Lou : une fille ordinaire qui mène une vie monotone dans un trou paumé de l'Angleterre dont elle n'est jamais sortie. Pour poursuivre, j'ai aussi dévoré au mois de septembre The library of lost and found  http://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2019/09/07/37618976.html et partagé l’intérêt du personnage principal pour la lecture. J'ai relu avec plaisir Dandelion clock, été touchée par la thématique du cancer et les conséquences de cette maladie sur le reste de la famille. J'ai terminé l’année avec un roman jeunesse beaucoup plus léger, amusé par l'humour anglais et les illustrations délirantes de Tony Ross. Je triche un peu, je dépasse le top ten et j'en profite pour citer une chouette découverte récente de Louis Sachar : There's a Boy in the Girls' Bathroom.   

Avant de conclure, je voudrai juste mettre en lumière rois derniers bouquins à laisser sur les étagères de votre bibliothèque, dans votre sac à main, dans votre sacoche de travail, dans votre voiture...  Commençons par un détour en Bretagne avec La délicatesse du homard de Laure Manel http://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2019/03/04/37150816.html Un homme. Une femme. Une découverte incongrue sur une plage de Bretagne. Honnêtement, je n'ai pas besoin de plus ! Je fus rapidement emportée par cette fiction qui parle de résilience et de secrets. Ensuite, je ne peux pas pas terminer l’année sans parler de David Foenkinos. Cet auteur a montré sa capacité à changer de registre avec son roman Deux sœurs et m'a beaucoup émue avec son livre poignant Vers la beauté.
Sur ce, je vous souhaite à tous une  bonne fin d'année, et avec un peu d'avance, une très bonne année 2020 !

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29 décembre 2019

There's a boy in the girls' bathroom by Louis Sachar

sacharMeet Bradley Chalkers in his classroom. He is seating in the back of the room : last seat, last row. His teacher Mrs Ebbel barely notices him. He hasn't got any stars on the sticker chart next to his name. He is failing in every school subjects. One day, there is a new kid coming to school. His name is Jeff Fishkin. He is coming from Washington DC. To start with, Bradley is very unfriendly with Jeff. He does not make him feel welcome when he says “Nobody likes sitting next to me” with a strange smile.

Bradley lives with Claudia, his four years older sister and his two parents. He is a very lonely boy. He hates everyone and everyone hates him. Back home, he talks to his little toy animals and keeps on lying to his family members and teachers. His mum promised to take him to the zoo (she hasn't...). He's been to the White house (he hasn't...). He's had a good grade in English language (he failed his test...). He likes to eat dog food (he doesn't...). He often goes to the library (he wasn't even allowed to check books out of the library...). Bradley is considered to be the most horrible, rotten boy in the whole school. His parents are both very concerned and wonder if their son wants to be a criminal when he grows up.

The writer does not explain much about Bradley's anger. We only understand that from the beginning of the story that his dad works in the police department. He has been shot in the leg four years ago while chasing a robber. The police never caught the man who had shot him and we can suspect that from that point Bradley started changing. He wonders who shot his father.
The mum thinks that deep down he really is a good boy and hope that the meeting with the school cousellor, Carla will help him to feel better and do well at school. To start with, Bradley is very reluctant to talk about school or other personal issues, but Carla has her own way of making him feel comfortable and her approach is working really well.

I read a long time ago another book writen by Louis Sachar. That was “Holes” in french. I was still a teenager but I remember enjoying it and I still have the copy of the book.

That white, big title in the middle of the blue cover did catch my attention. I think it's a funny title and I felt very much intrigued by the content. The story takes places in a school and the writer makes you understand what goes through the mind of a lonely boy and isolated student. He focuses more about his attitude and social behaviour rather that understanding why but it's very interesting to notice the change once he starts spending time with the counsellor.
The picture of the school system is a disaster. Bradley's teacher frustrated him so much. She keeps on comparing him with the other students and you wonder why these people choose to work in eduaction. If Bradley was sitting in a back corner surrounded by empty desks, it was because that was her decision. The writer also likes to mention the angry parents who are very suspicious with the school counsellor, thinking that the head teachers should better spend the money in computers rather than one person who actually cares about the students and helping them learn to think for themselves .
Lovely, lovely book. Easy to read, Lots of great and interesting conversations.

Plenty of stars on the cover picture to share my recommendation !

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24 décembre 2019

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une de Raphaelle Giordano – éditions Pocket

deuxiemeCamille approche la quarantaine. En apparence, elle semble avoir tout pour mener une vie heureuse, épanouie et stable jusqu'au jour ou elle subit un accident de voiture et trouve secours auprès d'un homme serein et empathique. Alors qu'elle le connaît depuis moins d'une heure, il s'installe entre eux un surprenant climat de connivence et Camille en profite pour lui confier son vague à l’âme.

Claude, patient et attentif, l’écoute et pense que Camille souffre d'une routinite aiguë. Selon lui, c'est une affection de l’âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde, surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes : baisse de motivation, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté ressentir de la joie malgré une opulence de biens matériels, désenchantement, lassitude...Camille semble très surprise par cette analyse mais accepte toutefois de prendre la carte de visite de Claude Dupont : routinologue.

Sans trop savoir dans quoi elle s'embarque, Camille décide de suivre les conseils de Claude qui propose un accompagnement original qui devrait lui permettre d’échapper à une vie lisse, prévisible, sans un brin d'herbes qui dépasse.

J'ai terminé ce livre hier. Au départ, j'ai été très dubitative sur les circonstances de la rencontre entre Camille et Paul, doutant qu'une complicité émotionnelle puisse s'installer aussi rapidement. Le manque de crédibilité m'a un peu gêné. Je dois aussi dire que je n'ai non plus beaucoup apprécié le style de l'auteur mais par contre j'ai été séduite par le projet même de ce roman. L’idée de s'appuyer sur une histoire plutôt banale pour offrir des conseils aux lecteurs en cherche de quête de sens. Et pour cela la liste d’expériences est assez riche, laissant la possibilité aux lecteurs de choisir ou non de suivre quelques idées. J'ai trouvé que c’était un livre positif et j'ai aimé le petit vade-mecum de routinologie a la fin du récit. L'histoire est d'une simplicité toute simplissime ... mais les conseils sont tous pertinents et bienveillants.

Un livre avec une photo de circonstances : Joyeux Noël ! J

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Billionaire Boy by David Walliams

billionaireLet me introduce the main character : Joe Spud. He is only twelve years old but he is ridiculously and preposterously rich. Jos has everything he could ever want..everything except friends. He did not have any. Not one.

His dad had not always been this rich until one day he had a daydream that was to revolutionate bottom wiping forever. Here was his plan : why not invent a loo roll that is most on one side and dry on the other ? So when Mr Spud finally launched his company called “Bumfresh” it was an instant phenomenon. A massive success. Joe is then sent to the most expensive school in England. St Cuthbert's school for boys. The posh kids hated him because his dad made his money out of loo rolls.
Joe finds a way to convince his dad to send him to a normal school. He could not stand anyone looking down at him. He will soon discover that money do not always solve all your problems.

My elever-year-old son absolutely loved it and so did I. He was so enthusiastic when he was telling me the story. I could not wait to read it and I have to say I found that book very funny. It's a touching story with a good moral message.   The writer loves making list for example when he mentions what Joe is able to afford himself or the school subjects he studies in St Cuthbert's school.  This book is aimed at younger readers but I really enjoyed it and it made me laugh.

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18 décembre 2019

Suite française d' Irène Némirovsky - éditions Folio

Chapitre 8

Dans le chapitre 8, nous retrouvons les Michaud. Rappelons que Le couple Michaud appartient à la classe moyenne ; tous deux sont employés de bureau : l’homme est comptable, la femme secrétaire.

Avant de quitter leur appartement, les Michaud ont nettoyé à fond leur lieu de vie car pour eux « c'est un dernier hommage, une preuve suprême d'amour à ce qui fut cher. » Ils ont un attachement émotionnel à leur appartement car c'est un espace de souvenirs. « Ils y vivaient depuis seize ans. »

michaud1La scène dans la chambre du fils est touchante et émouvante. Rappelons que leur fils unique Jean-Marie est à la guerre. Ils sont malheureusement sans nouvelles de lui. Nous comprenons que Mme Michaud a besoin d'un moment de recueillement : “Elle entra dans la chambre de Jean-Marie. Tout était silencieux, obscur, funèbre derrière les volets clos. Elle s'agenouilla un instant auprès de son lit, dit tout haut “Mon Dieu, protégez-le”, puis elle ferma la porte et descendit.”. Cette prière incarne à la fois l'espoir et le désespoir.

Le comportement rassurant et attentif de son mari montre une fois de plus qu'ils forment un couple solide. “Il l’enlaça étroitement” est un gestion d'affection dans un contexte de tristesse particulier.

Le couple cherche à fuir Paris au plus vite. Il était convenu qu'ils partent avec Corbin cependant il annonce que finalement il regrette mais il n'a pas de place pour les Michaud dans sa voiture. Il suggère une autre solution à la place : « Vous avez un train dans une heure. Vous serez peut-être un peu bousculés mais c'est un voyage si bref... »Une fois de plus, l'auteur utilise une aposiopèse pour mettre en valeur la lâcheté et le manque d’humanité, de solidarité des hommes dans cet état de guerre. Les gens agissent avec égoïsme et sont indifférents aux malheurs des autres.

michaud2Ce qui semble encore plus dramatique, c'est que dans ce contexte ahurissant, Corbin se permet en plus de faire des remarques désobligeantes au sujet du travail de Monsieur Michaud. La citation « il faudra vous montrer plus dynamique » est complètement déplacée mais souligne son manque de savoir vivre.

 

michaud3Le couple finit par rentrer dans « leur appartement frais ». On découvre alors un couple harmonieux qui possède un certain recul par rapport aux événements et qui est solidement uni par l’amour. Le traitement que leur réserve l’auteure est bienveillant.

Les Michaud essayent de prendre le train pour rejoindre Tours mais c'est impossible. C'est le chaos le plus complet. « Jamais ils ne purent pénétrer a l’intérieur dans la grande cour fermée, cadenassée, défendue par la troupe et par la foule pressée, écrasée, contre les barreaux. »

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Alors « tant pis » ils partent à pied Le trajet est de 230 kilomètres. La fin du chapitre 8 décrit de manière très réaliste l'exode. Les gens « attendaient le miracle : une voiture, un camion, n'importe quoi qui les emporteraient. »

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Chapitre 9

Dans le chapitre 9, nous retrouvons l’écrivain Gabriel Corte accompagné de sa maîtresse Arlette Corail. Tous deux ont quitte Paris en voiture afin de fuir l'invasion allemande. Ils sont aux portes d'Orleans, dans la nuit du 11 au 12 juin. Irène Némirovsky décrit l'exode, évoque l’inquiétude des réfugies sans oublier d'accentuer le cynisme de Gabriel Corte qui s'impatiente face à cette tension inhabituelle.

Au départ, Gabriel Corte par amour propre refuse une chambre minable d’hôtel. Il préfère dormir dans sa voiture plutôt que d’accepter « deux petites pièces chaudes sous les toits ». Il compare la chambre « à un piège à rats ». Plus loin, il explique qu'il ne pouvait pas dormir dans « cette infâme mansarde qui sentait la punaise et l’évier ». Ce comportement souligne deux aspects importants. Tout d'abord, il est tellement habitue au luxe et au confort qu'il ne peut envisager de changer de statut. Ensuite, son attitude impolie avec le gérant souligne son arrogance et sa condescendance. Ce qui est amusant, c'est qu'il essaye de faire faire jouer sa notoriété mais cela ne fonctionne pas. Il dit « Est-ce que vous avez qui je suis ? ». Cette interrogation directe vient heurter le directeur et choquer le lecteur. C'est un personnage obstiné, têtu, arrogant, prétentieux et mal élevé. Pour renforcer ce caractère négatif, l'auteur décrit ses mouvements brusques, comme le montre la citation suivante : « Il éclata d’un grand rire théâtral, glacé et méprisant » . Ce geste prouve qu'il est sarcastique. Il est aussi vulgaire et agressif quand il parle avec Florence « Fous le camp, allons fous le camp ! Je te jette dehors ! ». L'utilisation du langage familier montre aussi qu'il est irrité et incapable de gérer son sang froid.

corteLe chapitre 9 permet de bien comprendre comment s'organise l'exode. La métaphore « par la route de Paris coulait un fleuve lent d'autos, de camions, de voitures de charretiers, de bicyclettes auquel se mêlaient les attelages des paysans qui abandonnaient leurs fermes » souligne la fuite massive de la population française en mai-juin 1940 lorsque l'armée allemande envahit la majorité du territoire national lors de la fin de la bataille de France. Le livre offre une galerie de portraits. Tous ont en commun la volonté de quitter Paris. Bien qu'ils soient issus de milieux sociaux différents, tous essayent d’échapper aux bombardements.

Rappelons qu'en quelques semaines, près de huit millions de personnes s'enfuient du Nord vers le Sud de la France, emportant avec elles de maigres bagages. La détresse des hommes est comparable à des « bêtes qui attendent la mort ». Plusieurs fois dans ce chapitre, l'auteur évoque le thème de l'angoisse, de la peur de la mort en comparant les réfugiés avec des animaux. Citons les phrases suivantes : « elles étaient pressées les unes contre les autres comme des poissons pris dans une nasse ». Cette comparaison évoque ici l’idée de piège, d'absence d'issue et l'on retrouve plus loin cette même sensation d’insécurité dans la phrase suivante : « Ainsi le poisson pris dans les mailles du filet ». L'auteur analyse le chaos et l'errance qui règne en France à cette époque. Elle met en scène des personnages menacés par le désordre, le chaos, l’errance, la perte, mais qui tentent de «résister », de s’en sortir en prenant les chemins de l’exode. L'animalisation a pour but d'exprimer une extrême brutalité chez un personnage. En comparant un personnage à un animal, l'auteur le réduit au même niveau, sans lui donner des aptitudes à agir sur son destin.

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