Après avoir lu

31 juillet 2022

Le bleu des abeilles de Laura Alcoba - éditions Folio

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1979. L’héroïne quitte l’Argentine afin de rejoindre sa mère qui vit désormais dans la banlieue parisienne, refugiée en France depuis 1976 à cause de la dictature. Avant de partir, la narratrice fait la promesse d’écrire régulièrement à son père, alors prisonnier politique afin de maintenir le lien et de pouvoir créer une relation à distance.

Afin de se préparer au mieux, la jeune fille prend cours de français à la Plata. Elle commença par des questions simples, des comptines puis utilisa un manuel d’apprentissage via lequel elle se familiarisa avec les sons et l’orthographe de la langue française. Des le début, elle exprime sa fascination pour cette langue qui comporte des lettres muettes et des voyelles nasales. A son arrivée à Paris, la jeune fille fait face à la réalité : l’environnement de la banlieue est bien loin des images des cartes postales romantiques de Paris. De plus, ses connaissances linguistiques restent limitées. Toutefois, la jeune fille ne montre pas sa déception de vivre dans ce quartier multiculturel, sans-doute de peur de vexer sa mère. De nature curieuse, volontaire et travailleuse, la narratrice raconte dans son livre des anecdotes de l’école, de la cantine, de la bibliothèque, ses relations avec les autres jeunes réfugiés comme elle puis les autres enfants de souche.

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C’est un récit touchant qui parle de l’exil, de la difficulté de quitter ses racines et des efforts nécessaires que l’on doit mettre en place pour apprendre une langue, une culture, des codes d’un autre pays. Comme l’indique l’autrice à la fin de son roman « ce livre est né de quelques souvenirs persistants bien que parfois confus, d’une poignée de photos et d’une longue correspondance dont il ne subsiste qu’une voix."

A l’époque  les moyens de communication n’étaient pas si développés, ce livre montre pourtant qu’il était possible de conserver un lien via une relation épistolaire forte et régulière. Ces lettres ont certainement beaucoup influencé Laura Alcoba à devenir autrice. J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre qui m’a fait penser beaucoup à Kiffe Kiffe demain de Faiza Guène car il est question d’immigration, d’intégration, d’enfance et de l’amour des mots.

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29 juillet 2022

Un secret de Philippe Grimbert - éditions Grasset

 

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QUATRIEME PARTIE

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Le récit du narrateur se construit et s’étoffe via « les révélations de Louise ». Suite aux confessions de son amie de longue date, le narrateur doit ajouter des pages au récit de sa vie.

L’utilisation du présent de l’indicatif dans la phrase « Maxime épouse Hannah un beau jour d'été, sous un ciel sans menaces » nous plonge dans une situation merveilleuse, digne d’un conte féerique. Un début sentimental et romantique. Le lecteur a accès à ce qui s’est passé en réalité. Nous sommes maintenant dans le récit de la vérité et non plus de l’imaginaire. Soyons clairs et résumons : Maxime épouse Hannah et le frère d’Hannah (Robert) assiste aux mariage avec son épouse Tania.

L’auteur décrit avec euphorie l’union des deux êtres. La fête est joyeuse : il fait beau, il y a de la musique, la nourriture est abondante et riche, les invités dansent et ont le cœur à s’amuser.

Nous apprenons que pour Maxime la cérémonie religieuse (juive) n’est pas importante. Au contraire, il aurait aimé se dispenser de ces manifestations traditionnelles. Maxime renie ses origines sans justifier cette honte ou ce malaise. Il le fait à contre cœur « par respect pour sa jeune femme et sa famille ». Se marier signifie pour Maxime va mettre un terme à sa vie de séducteur et d’homme aimant les « conquêtes faciles ». 

2

Le chapitre 2 est consacré au départ à l’arrivée de la mariée. Dans ce passage, l’écriture est cinématographique. L’utilisation de nombreux verbes d’actions tels que « ils ouvrent la portière » ou « Maxime s’avance pour l’accueillir » permet aux lecteurs d’imaginer la scène et de ralentir le rythme du passage. Les invités arrivent et tout se déroule comme prévu. Toutefois, nous sentons qu’un élément perturbateur est sur le point de surgir et de faire basculer la situation dans un autre registre. Via l’apparition de Tania entre le désir. Je cite : « Tania est la plus belle femme que Maxime ait jamais vue. » L’utilisation du superlatif « plus » placé avant l’adjectif « belle » permet de montrer à quel point il est foudroyé par cet éclair d’été et bouleversé par cette rencontre. L’antithèse présente dans la phrase « une telle beauté lui est douloureuse » met en parallèle deux antonymes et accentuant ainsi la souffrance de Maxime. Lui qui se pensait désormais en paix avec lui-même au sujet de ses attirances incontrôlées est « bouleversé par Tania. » Toutefois, les rituels de la cérémonie suivent le processus classique.

L’obsession est si forte comme le souligne la gradation ascendante suivante : « Il ne voit plus que Tania, quitte la cérémonie, oublie sa famille, ses invités. » Lui et Tania échangent des regards et on a le sentiment en lisant ce chapitre que la foudre a frappé les deux inconnus. Il danse avec la plupart des femmes mais il n’ose pas l’inviter à danser. Quand lui et Hannah partagent leur premiere nuit de noce, Maxime doit faire un immense effort pour ne pas imaginer qu’il est avec Tania. Je cite : « Maxime se fera violence pour ne pas saisir dans ses mains les boucles de Tania, pour ne pas mordre sa bouche. »

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Après quelques mois Hannah se trouve enceinte. Le couple vit des jours heureux. Une vie stable et tranquille rythmée par des activités sportives et culturelles. La naissance de Simon les comble de joie mais on sait que ce bonheur sera de courte durée via l’annonce d’une chute tragique. Je cite : « il lui reste huit ans à vivre. »Le lecteur sait d’ores et déjà que le dénouement sera fatal sans saisir pleinement les circonstances du drame.

Le narrateur offre une courte description de l’enfance de Simon dans laquelle on peut voir des points de comparaison avec l’existence du narrateur. En effet, les deux ont fréquenté les mêmes lieux (le stade, le magasin de la rue du Bourg-l’Abbé, le couloir de l’immeuble, le cabinet de Louise). Une différence persiste : Simon est vaillant, robuste, il se développe parfaitement alors que le narrateur est chétif et frêle.

L’ombre de la guerre se rapproche en Europe. Je cite : « Jusqu’à ce que la menace frappe à la porte de l’appartement de l’avenue Gambetta, les premières années de Simon se sont déroulées dans l’insouciance. » Joseph (le père de Maxime) se montre inquiet et angoissé alors que Maxime au contraire est rassurant. Ils tentent d’écarter Simon, de le protéger mais Simon voit tout de même les photos des soldats allemands et des bannières nazies. « Ebloui, il ouvre de grands yeux. »

4

Louise dans ce roman joue le rôle de l’amie, de la confidente. C’est elle qui lève le voile qui entoure la vie passée de la famille. En ce sens, elle joue un rôle déterminant car sa confession aura un impact irréversible sur le destin des personnages. Le narrateur dépend du récit de Louise pour comprendre l’histoire de ses origines et ce qui se cache derrière les non-dits. On a le sentiment que ces moments de confession sont organisés autour d’un rituel feutré. L’imparfait dans ce passage a une valeur d’habitude. On peut le reconnaître grâce au complément « jour après jour ». L’auteur utilise aussi ce temps pour décrire minutieusement les gestes de Louise. Je cite : « remplissait », « tirait », « soupirait », « se levait », « demandait », « expédiait », ·rejoignait ». Le style de l’auteur est très économique. Il comprend bien le concept d’utiliser « le mot juste », c’est-à-dire de l’importance de choisir précisément les mots qu’il utilise afin de s’exprimer le plus économiquement possible. Dans ses descriptions, il ne met que les éléments essentiels. Il n’ajoute pas de détails superflus.

Les effets de l’Occupation allemande sont décrits tout d’abord avec des faits, des vérités absolues qui font froid dans le dos.  Je cite : « L’Autriche est annexée, la Pologne envahie, la France entre en guerre. » Cette phrase est une gradation ascendante. Cette figure de style est une forme d’énumération qui commence par l’évocation d’une réalité inquiétante pour progresser ensuite vers une évocation plus forte. Elle sert à dramatiser ou encore à augmenter encore plus la force de l’amplification.

A partir de ce moment-là, la perspective du roman change et donc l’image de la France se modifie d’une façon dramatique. La guerre est visible mais aussi sonore. Je cite : « Des noms claques, criés dans les rues par les vendeurs de journaux ». « Chars », « troupes de conquérants », « uniforme », « mal », « danger », « ennemi » sont des mots qui appartiennent au champ lexical de la guerre. Suite au défilé des chars des conquérants sur les Champs-Elysées, le sort des juifs change : personne n’est plus à même d’identifier qui est l’ennemi, des autobus transportent des « cargaisons d’hommes et de femmes chargés de balluchons ». On entend parler des premières arrestations via l’inculpation de Timo, des rumeurs circulent sur les rafles, je cite : « Des bruits courent sur ces premières arrestations, les malheureux seraient retenus dans ces lieux transformés en centres de rassemblement. » De plus, on parle à la radio de la politique d’épuration.

Maxime refuse de céder à la panique. Il se montre rassurant et protecteur, comme le montre l’usage de la question rhétorique suivante : « Joseph et sa famille sont français depuis plusieurs dizaines d’années, qu’auraient-ils à craindre ? »Cette figure de style crée la surprise, maintient le lecteur engagé et attentionné.

« Maxime fait la sourde oreille » est une expression qui signifie qu’il fait semblant de ne pas écouter ce qui se dit. Il veut se montrer optimiste bien que pour les Juifs les choses vont de mal en pis avec les arrestations matinales, les files d’attente pour les moindres provisions et l’arrestation des juifs par la police française. Nous apprendrons plus tard l’horreur, la réalité sur le déplacement de ces pauvres victimes entassés dans des wagons plombés.  

5

Maxime, fier et têtu, refuse de suivre les règles. Il ne veut pas aller au commissariat pour faire apposer sur ses papiers d’identité le tampon rouge infamant. Ce refus en dit long sur son caractère bien trempé. Il n’est pas un homme docile ou facile.  Seuls Esther et Georges se sont pliés aux règles et cette divergence d’opinions est source de conflits au sein de la famille. Je cite : « Tous en débatent au cours d’échanges houleux. » Le sport reste sa passion, intérêt qu’il partage avec son fils. Il lui imagine un avenir glorieux et puissant.

Robert, le mari de Tania est mobilisé à la guerre. Il laisse ainsi sa femme seule qui éprouve des difficultés à gérer seule le magasin. Elle quitte Lyon pour rejoindre Paris, ce qui lui permet de passer plus de temps avec sa famille, notamment avec Maxime et Hannah. Tania constitue la compagne toute désignée pour Maxime dans le genre femme fatale à la fois séduisante et presque rebelle. Sa beauté est toujours éblouissante et le récit d’une anecdote au stade l’Alsacienne viendra une fois de plus souligner l’attirance irrésistible que ressent Maxime à son contact. « Maxime ne peut détacher ses yeux de la ligne de ces épaules, de cette taille, de ces jambes ciselées. » Cette énumération met en valeur le corps parfait et idéal et Tania. C’est l’image du canon de la beauté. 

Hannah n’est pas dupe. Elle réalise le désir que son mari ressent pour cette rivale. Elle se compare tristement en avouant : « Jamais il ne l’a regardée ainsi. »Ce constat amère est visible aux yeux de tous qui pensent que Tania et Maxime formeraient un couple idéal constitué de deux sportifs forts et vaillants. 

Hannah va s’effacer pour laisser la place aux autres, à celles qui prennent de la place et rayonnent de par leur éclat, leur bonne humeur et leur bavardage. Son choix : se concentrer sur Simon.

6

« Le port de l’étoile jaune est devenu obligatoire.» L’auteur qualifie cette règle de « gifle » pour souligner la violence de ce traitement injuste. De nature rebelle « il décide une fois encore de désobéir, ce chiffon ne viendra pas salir ses costumes de prix, ni humilier sa famille. » Le terme « chiffon » est un terme dépréciatif qui souligne le mépris de Maxime envers les autorités.  On sent que Maxime est un personnage au-delà des lois. Toutefois, ce refus entraine des conflits avec ses proches. La tension entre eux est palpable comme le souligne la phrase suivante : « chaque discussion est l’occasion d’une nouvelle empoignade »

Dans ce climat inquiétant, l’auteur ajoute un fait authentique pour faire un rappel de l’Histoire. Indirectement, il montre à quel point nous devons mettre en place un devoir de mémoire. Il est important que chacun réfléchisse sur le sort de ces victimes innocentes qui ont subi des humiliations lors de l’exposition du palais Berlitz. Il s’agissait d’une exposition raciste et antisémite organisée et financée par la propagande allemande.

Maxime consulte Louise, lui demande des conseils. Lui vient l’idée de franchir la ligne de démarcation, avec Hannah et Simon. Au départ effrayée par le projet, elle finira par le mettre en contact avec une cousine vivant dans la campagne de l’Indre.

L’auteur s’interroge sur les perceptions de Simon au sujet de la guerre à cette époque ? Un enfant ressent-il les dangers ? Est-il sensible aux conversations qui laissent entendre un départ imminent ? Un plan est échaudé : les hommes partiront les premiers et, une fois installés, ils feront venir les femmes.

7

Dans ce chapitre, nous en apprenons plus sur la relation de couple entre Tania et Robert. Tania vit désormais chez sa mère à Paris et l’absence de son mari Robert ne lui pèse pas vraiment. Tania a été frustrée par sa vie à Lyon et le comportement enfantin de son mari l’agaçait. Elle lui reproche son manque d’indépendance par rapport à ses parents.

De retour à Paris, Tania est heureuse de passer du temps avec ses proches. Elle est aussi attirée par Maxime mais tente d’oublier son désir en s’imaginant qu’il est un habitué aux conquêtes faciles. Je cite : « un de ces hommes pour qui les femmes sont des proies. » Toutefois Maxime a eu un effet dramatique sur Tania le jour de leur première rencontre. Tania a des fantasmes à son sujet et cela provoque en elle des sentiments contradictoires. Maxime est « cet homme qu’elle pourrait mépriser mais qu’elle désire. »Ici l’antithèse sert à opposer deux pensées pour en faire mieux ressortir le contraste. L’évocation du désir est mise en valeur via l’utilisation de détails anatomiques précis. Je cite : « Elle se laisse aller à imaginer son odeur, le poids de son corps, son sexe, les muscles de ses fesses. »

Consciente de ce désir qui suscite en elle un bouleversement, Tania a une stratégie visant à la détourner de ses pensées impures. « Pour s’en défaire, elle renoue avec le dessin. » Mais Maxime devient sa source d’inspiration. « Grace à Maxime elle se découvre un style, une vigueur dans le trait qu’elle ne se connaissait pas. »Cette pratique artistique provoque en elle un sentiment de culpabilité.

Puis au début de l’été, une nouvelle perspective s’ouvre pour Tania. Elle doit se rendre à Lyon pour finaliser la vente de son magasin, puis rejoindre la famille dans la zone libre. Ainsi, « elle verrait Maxime tous les jours. » Cette dernière phrase sonne comme une promesse dangereuse. Une décision comportant un projet en arrière-plan.

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Le chapitre 8 confirme la logistique mise en place. Le plan est le suivant : les hommes (Georges et Maxime) partent les premiers dans le but de s’installer à Saint-Gaultier. Les femmes (Esther, Hannah, Louise et Simon) ensuite feront partie du deuxième convoi.

Tout se passe comme convenu et la description de la « petite ville » est paisible et douce. Le propriétaire est un colonel. Il vit avec sa fille Thérèse, l’institutrice du village. A cinquante ans passés, elle est célibataire mais n’est pas insensible au charme de Maxime. 

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La notion de solidarité entre les femmes (Hannah, Louise et Esther) est bien réelle. Elles se serrent les coudes comme le montre la phrase suivante : « Les trois femmes s’épaulent, se confient, dînent ensemble. » En dépit de cette entraide, Hannah se sent seule. Il lui tarde de retrouver son époux. « Cet homme est toute sa vie, elle en est plus sûre que jamais. Dans quelques jours, elle retrouvera sa chaleur, elle partagera de nouveau ses nuits. » L’utilisation du futur souligne ses attentes et ses espoirs. A ses yeux, Tania représente une source de danger.

Les problèmes pour les juifs augmentent. De plus en plus sont interpellés pour être ensuite transportés vers des camps de concentration dont ils ne reviendront jamais.

L’utilisation à répétition du pronom indéfini « on » qui réfère à une ou plusieurs personnes renforce le caractère brutal et impersonnel de la situation. Je cite : « On frappe aux portes, on surprend des familles ensommeillées, on leur laisse à peine le temps de réunir quelques affaires. » Tout est fait dans la précipitation et le chaos afin de ne pas laisser le temps aux gens de poser de questions. Le doute et l’inquiétude pèsent sur les épaules des victimes qui s’interrogent sur leur sort : « Pour quelle destination ? » Dans une rafle les parents d’Hannah sont arrêtés. Cette terrible nouvelle crée un choc pour elle. Une rupture inattendue exprimée via l’utilisation de la métaphore suivante : « le premier mur vient de tomber. »

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Une nouvelle encore plus choquante va venir bouleverser Hannah et la heurter de plein fouet : Tania s’est déjà installée avec les autres à Saint-Gaultier. Le narrateur fait preuve d’ironie quand il déclare que « Maxime lui annonce cette bonne nouvelle avec joie » car l’information provoque en Hannah une douleur intense, exprimée cette fois-ci par l’utilisation d’une métaphore filée. Je cite : « Le deuxième mur s’effondre, avec fracas. » Hannah réagit très mal. Elle souffre à cause de la perte de ses parents, la jalousie et la solitude. La douleur est telle qu’elle a l’impression de devenir folle. Je cite : « Elle croit perdre la raison. » Esther se sent coupable de la tristesse d’Hannah.

A partir de ce moment-là, Hannah se comporte d’une manière très étrange. Ses gestes sont lents comme si elle était absente face aux évènements. Incapable de faire preuve d’initiative ou de capacite à raisonner. Elle ne communique plus, elle « se réfugie dans un mutisme total. »  La fin du chapitre neuf laisse le lecteur en attente. Nous savons que l’intrigue repose sur les confessions de Louise qui jusque-là a tout raconté. « Tout sauf l’essentiel. » Cette phrase nominale crée du suspense, d’autant plus que le narrateur ajoute ensuite un commentaire qui prépare et annonce le geste suicidaire d’Hannah. Je cite : « Hannah la timide, la mère parfaite, s’est transformée en héroïne tragique, la jeune femme est soudaine devenue une Médée, sacrifiant son enfant et sa propre vie sur l’autel de son amour blessé.» Qui est Médée ? Médée est décrite comme une héroïne tragique, notamment à cause de son caractère : elle est naïve et prête à tout par amour. Elle est tout de même faible psychologiquement car elle se décrit comme perdue et ignorante de son agressivité. Par jalousie, elle médita une vengeance exemplaire et égorgea ses propres enfants.

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Le chapitre 11 constitue le moment le plus fort de la révélation du secret pour le narrateur. Commençons par resituer le contexte : Hannah et Simon doivent franchir la ligne de démarcation qui doit les conduire en zone libre accompagnés d’un passeur, pour y rejoindre Maxime. Ils s’arrêtent dans un café. Simon a quitté le groupe pour aller aux toilettes. L’intensité dramatique de ce moment est rendue car la description du moment annonce un moment calme avant la tempête. Je cite : « Tout paraît si calme, un avant-gout de cette liberté qui les attend à quelques kilomètres à peine. »

L’impression d’un danger imminent est suggeré via l’utilisation de l’adverbe : « Soudain on entend crisser les freins d’une automobile. » On entend avant de voir. On trouve d’autres notations auditives telles que : « des pas claquent » ou encore : « L’homme dit quelque chose en allemand ». La menace est non seulement sonore mais aussi visuelle. Les « trois officiers en uniforme » entrainent la peur chez Louise et Esther. Les juifs sont habitués au danger et ont développé des réflexes de protection que l’on retrouve dans leurs gestes. Par angoisse, « Louise cache le petit chien sous la table, puis porte la main à sa poitrine », « le dos du passeur se contracte », « elles maitrisent le tremblement de leurs mains ». Chacun mesure la gravité du danger et tente de surmonter sa peur en contrôlant ses gestes.

Paradoxalement, nous remarquons que pour dédramatiser la situation, on se force à rire, à plaisanter. « Le patron du café tente une plaisanterie, le passeur se force à sourire ». Les personnages jouent un rôle pour donner le change. Pour faire comme si tout était normal afin d’éviter les soupçons.

Dans cette scène, les jeux de regards sont importants et viennent une fois de plus souligner l’absence de communication. L’officier « plonge son regard dans les yeux des deux femmes », « Sans lâcher du regard » « hausse les sourcils », « l’homme interroge Hannah du regard ». Tout est passé au peigne fin, tout est raconté au présent avec un sens minutieux du détail comme un film au ralenti.

Seule Hannah reste placide. Calme. Indifférente.

Hannah sort d’abord ses faux papiers et délibérément par un geste suicidaire elle sort ensuite ceux qui révèlent son identité juive. L’arrestation est immédiate. « Tout s’est joué en quelques secondes ». La seule parole qu’elle prononce est une phrase qui condamne son enfant. « C’est mon fils. » Pourquoi a-t-elle dit la vérité ? Était-elle incapable d’abandonner son enfant ? Est-ce un acte de désespoir ou de vengeance ? Hannah renonce à la vie en enchainant définitivement Maxime à sa décision fatale. S’interroger sur le sens de son acte tragique, c’est essayer de comprendre les circonstances qui l’ont conduit à prendre cette ultime décision.

Ce moment révélé est l’instant dramatique de l’histoire. Impuissante face à la force qui attire Maxime et Tania, Hannah a volontairement ou involontaire montre sa véritable identité, laissant Louise et Esther seules finir le voyage. Le tableau résumé par le narrateur offre une image pitoyable de deux silhouettes : « un fantôme blafard au maquillage ruisselant, qui étouffe des sanglots, et une pauvre juive claudicante, un sac dans chaque main, un chien en peluche coince sous le bras. » Comme souvenir de Simon il ne reste que le petit chien en peluche que Louise retrouve par terre.

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Grace au récit de Louise, le narrateur apprend et nous raconte la vérité sur le passé et sur le sort d’Hannah et de Simon. Le titre « Un secret » résonne pleinement avec le contenu du roman autobiographique. L’arrivée de Tania au sein de la maison montre à quel point il s’agit d’une femme fatale, comme le souligne la réaction de Thérèse (la fille du colonel). Le narrateur affirme : « Elle sursaute, saisie par la beauté de la jeune femme qui se tient immobile de l’autre cote du muret, un sac de voyage à la main…Elle ressent un pincement au cœur, cette présence radieuse annonce un malheur, elle en est sûre. » L’arrivée de Tania souffle le danger. L’attirance entre Tania et Maxime saute aux yeux de leur entourage. « Lorsque Thérèse surprend leur regard elle comprend ». C’est clair comme de l’eau de roche. Tania fait tout pour ne pas céder. Toutefois, « Rien n’a d’importance en dehors de cette force qui la possède tout entière. »

Le sommeil de Maxime est perturbé par la proximité « de la jeune femme qui dort dans la chambre voisine ». Dans ce chapitre, le narrateur s’attarde sur la notion du désir incontrôlable, de l’obsession qui prend toute la place : le jour et la nuit.

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A leur arrivée, Esther et Louise sont contraintes d’annoncer la terrible nouvelle. Elles sont porteuses du message qui viendra plonger Maxime dans un immense désarroi. Afin de dédramatiser la situation, elles utilisent le mot « imprudence » afin d’éviter de parler d’acte suicidaire.   

Maxime s’isole « de longues heures » et de suite la vue de la peluche lui est insupportable. « Il avait demandé qu’on l’éloigne de lui. » Il est de suite tourmenté par un sentiment de culpabilité en laissant sa femme et son fils aux mains de l’ennemi. Le narrateur s’interroge sur la nature des sentiments de Tania. Il laisse entendre que « l’ennemi dont elle avait fui devenait un allié ».

L’inquiétude entraîne des suppositions. On fait référence aux camps de concentration au-delà des frontières françaises mais le sujet reste tabou. L’ambiance dans la maison est lourde et morbide.

Tania évite tout contact avec Maxime. Elle passe son temps à nager ou à marcher. Maxime se livre à des activités physiques ou contribue à l’organisation de la maison. Mais le soir, tous « pensent aux deux absents. »

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Maxime est harassé par le fait de ressasser constamment les mêmes choses. Il en vient même à ressentir de la colère face au geste involontaire de sa femme comme le souligne la question rhétorique suivante : « Comment a-t-elle pu oublier ses vrais papiers au fond de son sac ? ». Il ne comprend pas son acte d’étourderie ou de maladresse.

Une après-midi, alors que le désespoir est toujours présent, il décide d’accompagner Tania sur les bords de la rivière. Cette première promenade lui donnera l’occasion de contempler la silhouette impeccable de Tania. « A la vue de cette flèche noire tranchant sur le blanc du ciel son désir renaît ».  Pour la première fois, il pleure pour sa femme et son fils et Tania le console en silence. « Ils restent ainsi un long moment puis se détachent, toujours sans un mot. » Ce rapprochement intime vient convaincre Maxime qu’il ne résistera plus en dépit de sa tourmente intérieur. Ils passent alors plusieurs nuits ensemble, proches, à la recherche de douceur et de tendresse. Puis « Un soir enfin il s’autorisera à la prendre ».

15

Le chapitre 15 est très court et nous fait ressentir les émotions du narrateur suite à la prise de conscience de ses origines. Avant il ne savait pas. Maintenant, voilà : il sait. Il comprend pourquoi il a auparavant crée ce « frère imaginaire. »

La disparition d’Hannah et de Simon est devenu un sujet tabou. Trop douloureux.

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Le rapport entre Maxime et Tania entraine une véritable tension dans la maison de Saint-Gaultier. Esther est choquée par le manque de valeurs du couple. Elle considère cela comme « un vrai crime à ses yeux. » Elle condamne sévèrement cette union alors que Louise est un peu plus indulgente. Thérèse souffre en silence. Les hommes considèrent cette union comme inévitable.

La vérité de ce qui s’est passé d’ici à la fin de la guerre se révèle petit à petit. Les informations sont d’une brutalité intense. « On parle désormais d’extermination systématique, de camps de la mort. » Le sort des disparus est désormais connu de tous : Les parents d’Hannah ont été déportés ; Robert est mort du typhus ; Hannah et Sinon ont péri dans un camp d’extermination- sans doute à Auschwitz.  

17

La famille revient à Paris. Maxime et Tania prennent leurs distances. Rongés par la culpabilité, « il leur est devenu impossible d’écarter l’image des absents, de s’aimer dans ces lieux hantés. » Tania s’inquiète de l’avenir et promet à Maxime de s’effacer au retour d’Hannah et de Simon. La fin de la guerre signifie l’arrivée des déportés. « On assiste à l’arrivée des autobus déchargeant sur le trottoir leur cargaison de fantômes. » On imagine des gens perdus tels des ombres encore en vie et pourtant si proches de la mort. L’auteur utilise une anaphore page 158 : « Chaque visage d’enfant, chaque œil, chaque pâleur fait tressaillir ». L’utilisation de détails anatomiques suscite l’horreur et la pitié. Maxime prend le métro jusqu’à Sèvres-Babylone où il voit des foules de déportés. Il croit reconnaitre la silhouette amaigrie d’Hannah chaque fois qu’il voit une femme. Mais il devra faire face à une vérité intolérable : « Hannah et Simon ne reviendront jamais. »

La fin du chapitre 17 confirme qu’après quelques temps, Maxime et Tania ont pu de nouveau envisager une vie commune. Ils travaillent ensemble, continuent de s’entrainer activement et ont un fils. La vie reprend son cours : Louise ouvrira de nouveau son cabinet d’infirmière. Maxime fait modifier l’orthographe du nom Grinberg : les deux lettres « n » et « g » porteuses de la mort sont remplacées par « m » et « t ».

Ainsi est né Philippe Grimbert.

 

 

 

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26 juillet 2022

La librairie de l’île de Gabrielle Zevin – éditions Pocket

 

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Le livre s’ouvre sur une fiche de lecture résumant une des nouvelles intitulée Coup de Gigot écrite par Roald Dahl en 1953. Autrement dit, ça commençait très bien pour moi car j ’adore les nouvelles de cet auteur. Effet de surprise garanti grâce à la mise en page originale de la première partie.

L’histoire de ce roman se déroule à Alice Island. Il s’agit d’un nom inventé par l’auteur mais nous savons qu’il s’agit d’une petite île du Massachusetts, au large de Boston. AJ Fikry est le seul libraire de l’île. Il a des goûts très particuliers en littérature. Depuis le décès brutal de sa femme Nic, les chiffres de sa boutique ont tendance à baisser. Il est un brin acariâtre, désabusé parvenant mieux à énumérer la liste des genres de romans qu’il n’aime pas plutôt que ceux qu’il affectionne.

Ainsi, le jour de sa rencontre avec Amelia Loman, représentante de la maison d’édition Knightley, il se montre goujat et rude. Tout au long de leur échange, il persiste à penser de manière rétrograde.

Le lendemain, le libraire apprend une mauvaise nouvelle. On vient de lui dérober un livre originale et précieux intitulé Tamerlan, une édition très rare des poèmes d’Edgar Allan Poe. De retour à sa librairie, AJ Fikry fait une étonnante découverte : il découvre un couffin devant sa librairie dans lequel se trouve un bébé abandonné. Un mot est glissé entre les couvertures : « Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte. »

Le titre de ce roman était pour moi très prometteur. Passionnée de littérature, j’aime les histoires qui parlent de livres et encore plus si la narration se déroule dans une île : espace clos dans lequel les personnages de par la situation géographique de l’espace ont plus de difficultés à échapper à leur destin. En ce sens, ce livre n’a pas pleinement répondu à mes attentes car les descriptions de l’île occupent peu d’espace dans la narration. Le lieu étant fictif j’imagine que l’auteur a fait le choix de ne pas s’étendre sur l’invention de paysages ou d’endroits symboliques. Par contre, la part belle consacrée à la littérature m´a agréablement surprise. Tout au long du roman, le libraire rédige des fiches de lecture contenant un avis critique pour une personne qu’il affectionne. Délicate attention.

Ayant travaillé dans une librairie pendant plusieurs années, j’ai trouvé de nombreux éléments reflétant pleinement la réalité du métier : à commencer par la manutention (couper, vider, ranger, aplatir, empiler les cartons), avoir le sens de l’écoute avec les clients, gérer les caprices des auteurs, recevoir la visite des commerciaux, former les employés sans oublier la réflexion concernant la menace liée aux nouvelles technologies pesant sur l’exercice de cette activité professionnelle.

Par ailleurs, un autre point m’a plu et interpellé dans ce livre. L’auteur aborde la question de savoir si l’on peut ou non dissocier l’écrivain de la personne via le personnage de Daniel. 

Pour finir, je dirais que j’ai surtout aimé les cent dernières pages du livre car elles rendent hommage au pouvoir de la lecture et à la chance que j’ai via mon travail et mon club de lecture de pouvoir partager ma passion pour la littérature. Suite à la section des remerciments, figure une liste de recommendations de lecture dans lequel le lecteur peut piocher des conseils, des idées, des inspirations. 

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22 juillet 2022

Nos étoiles contraires de John Green – pocket jeunesse

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Hazel a seize ans. Elle est atteinte d’un cancer de la thyroïde et ses poumons sont truffés de métastases depuis longtemps. Elle ne va plus à l’école et ses jours sont comptés. Sous la pression de sa mère, Hazel accepte d’assister à une réunion de soutien bien qu’elles soient déprimantes au possible. Sa mère l’encourage à essayer de se faire des amis. Hazel accepte à reculons.

Elle rencontre d’autres personnes souffrantes comme elle : Isaac. Michael, Lida et un garçon canon…Son nom est Augustus Waters. Il a dix-sept ans. Il a un petit début d’ostéosarcome. Ils font connaissance, partagent leur goût pour la littérature et décident de voir un film ensemble. La suite vous l’imaginez bien n’est-ce pas ?

C’est donc l’histoire d’une adolescente qui a le cancer qui rencontre un jeune homme également condamné. J’aime beaucoup lire de la littérature jeunes adultes car cela me permet de comprendre leurs pensées et leurs inquiétudes. Bien que ce livre traite d’un thème dramatique, je n’ai pas adhéré au concept de l’auteur qui traite de la maladie, de la mort, du deuil en essayant de le faire sous un angle léger. La traduction n’est pas brillante et peut-être aurais-je davantage apprécié le livre en version originale ?

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Un secret de Philippe Grimbert - éditions Grasset

un roman

TROISIÈME PARTIE

1

N´étant pas du tout sportif, le narrateur chercher à briller dans ses études. Pour cela, il se montre travailleur, persévérant, et sérieux, C’est un élève doué et assidu qui se fixe des objectifs « afin de monter sur l’une des trois marches du podium ». Le garçon aime l’environnement de l’école (le matériel, les odeurs, les productions d’écrit).  Il apprécie également écrire des histoires et la diversité de ses registres montre plusieurs traits de sa personnalité : c’est un enfant qui a beaucoup d’imagination avec toutefois une tendance à se concentrer sur le thème de la famille ou bien des sujets noirs voire morbides. A l’école comme en famille, nous avons le portrait d’un garçon sage et poli. Bref « un enfant modèle ». Il grandit dans un entourage privilégié tourné vers la culture et le sport. C’est aussi un jeune solitaire qui tend à éviter la compagnie des autres enfants.

2

Le chapitre deux offre des descriptions de nouveaux personnages. Il s’agit de membres de la famille du narrateur. Commençons par le premier.

JOSEPH

Joseph est le grand-père paternel du narrateur. Tous les mardis, il rend à la visite à la famille. Il se montre doux, généreux, attentionné. Nous découvrons que c’est un homme curieux et cultivé qui aime parler de Paris à la Belle Epoque. Toutefois, il se montre discret et silencieux au sujet de son enfance. Il refuse de parler de sa décision de quitter Bucarest et ce silence est énigmatique. Ce côté mystérieux fait écho avec le titre du roman autobiographique. L’utilisation des deux adjectifs de sens contraire « intarissable » et « muet » dans la même phrase renforce la complexité, la dualité du caractère du personnage.

GEORGES ET ESTHER

Il s’agit de l’oncle et de la tante. Ils forment un couple diamétralement opposé. En effet, le mari est discret et silencieux alors que sa femme a une personnalité plus extravertie et ouverte. Elle aime parler, raconter des anecdotes à sa belle-famille.

ELISE ET MARCEL

La description de ce couple est plutôt brève. Le portrait d’Elise est valorisant. Elle est décrite comme une femme cultivée, moderne, intéressante et prête à affirmer ses opinions politiques.

MARTHA

Martha est une grand-mère gentille et gourmande. Le narrateur passe des vacances avec elle. Elle incarne le portrait d’une femme douce, aimante, soucieuse du bien-être de son petit-fils.

LOUISE

La femme préférée du narrateur est Louise avec qui il partage une complicité. Il se sent proche d’elle, pouvant échanger avec elle. Le narrateur décrit sa famille comme « une société secrète, liée par un deuil impossible ».

3

Le chapitre trois montre que Louise possède des connaissances sur le thème de la seconde guerre mondiale. De ce fait, l’auteur utilise l’adjectif « intarissable » pour souligner sa maitrise. Elle veut avant tout utiliser ses connaissances en devoir de mémoire. Par respect aux victimes. Je cite : « Personne ne devait oublier les angoisses, les humiliations des persécutés. » Louise détaille les réalités de la guerre qui qui a pris fin il y a quatorze ans. Nous sommes donc en 1960.

L’indicateur temporel « un soir » plonge le lecteur dans une anecdote qui le conduit à s’interroger sur l’origine du mystère qui pèse sur cette famille silencieuse. Un film à la télévision diffuse des images brutales et terrifiantes des camps de concentration. Ces images sont insupportables pour Maxime qui quitte la pièce sur le champ. Le narrateur passe au peigne fin la réaction de la mère. Elle est stupéfaite et interdite. Bouche-bée comme le souligne la question rhétorique suivante : « Plus muette que jamais à qui pensait-elle ? » . Le film fait prendre conscience de l’horreur des victimes en route pour leurs douches mortelles. Les descriptions suscitent l’effroi, montrant les hommes et les femmes dans un état de vulnérabilité atroce.

4

Le narrateur grandit, calme et docile. Il est toujours aussi sérieux au sujet de ses études, et de ses ambitions afin d’obtenir les meilleurs résultats scolaires. Dispensé de sport pour des arisons médicales, le narrateur passait l’heure plongé dans les livres. Il nous apparait comme un élève studieux, tranquille et observateur. Nous remarquons la présence d’une ellipse narrative page 68. Je cite : « Les jours défilaient, tous semblables, les nuits se succédaient, j’y déployais mon théâtre d’ombres. » Or un évènement marquant lors du quinzième anniversaire de la fin de la guerre sert d’élément déclencheur dans le bouleversement de l’existence du narrateur.

Le proviseur décide d’organiser la projection d’un film sur l’holocauste. La France n’oublie pas son histoire récente. Quinze ans après la projection de ce fim sur la libération d’Auschwitz sert à ne pas oublier le sort des millions de juifs massacrés. Le narrateur est assis à côté du capitaine de l’équipe de football. La description du jeune homme sportif est peu valorisante et contraste avec l’image de notre personnage principal.

Le narrateur est choqué par les images frappantes de la guerre. Il énumère les détails macabres de ce qu’il voit : « des terrils de chaussures, de vêtements, des pyramides de cheveux et de membres ». Le langage utilisé est cru et soulève la nausée. Comme son père Maxime, il trouve le reportage insupportable. Une image particulièrement terrible frappe de plein fouet le narrateur : il s’agit du cadavre d’une femme qu’un soldat traine et pousse dans la fosse.

Le comportement du capitaine est inacceptable. Il émet des grossièretés et chercher à faire rire ses camarades en ne montrant aucune empathie au sujet des victimes de la guerre. Il dit des obscénités et ses commentaires provoquent au départ le rire incontrôlé du narrateur. Puis il ressent une nausée violente qui le conduit à devenir violent et agressif. Je cite : « sans prendre le temps de réfléchir je l’ai frappé violemment au visage. » S’ensuit une bagarre musclée entre les deux garçons. Le narrateur dans ce passage se transforme. Il n’est en effet ni chétif, ni craintif. Il est guidé par une colère intense qui lui donne des forces jusque-là insoupçonnées. Il ressent une pulsion mortelle : « Je savais que j’allais le tuer. » Toutefois, cette dispute prend fin grâce à l’intervention d’un surveillant.

Cet épisode n’est pas anodin. Le narrateur s’est littéralement jeté à bras-le-corps sur ce capitaine à cause de son attitude ridicule et irrespectueuse. Pour la première fois de sa vie, lui qui d’habitude est en retrait se bagarre. Louise voit en ce moment l’instant de lui avouer le grand secret de son origine.

5

Le narrateur considère Louise comme sa « vieille amie ». Il entretient avec elle depuis longtemps une relation de confiance. Il évite de parler de l’altercation qui a eu lieu au collège avec ses parents. Ce mensonge par omission montre bien qu’il vit dans une famille peu ouverte aux échanges et aux explications. Il préfère passer sous silence la vérité en offrant une autre version des faits.

Devant Louise, le narrateur lève le voile et raconte en détails les circonstances qui l’ont conduit à faire preuve de violence. Louise se montre douce, attentive, réconfortante puis se laisser aller à pleurer à son tour. Dans le flot des émotions, Louise se met à parler et ainsi le narrateur découvre ses origines juives. Le narrateur apprend que Louise a souffert de tortures, d’humiliations, d’interdictions. Il prend conscience de la manière dont les juifs étaient traités pendant la guerre et l’Occupation. Le port obligatoire de l’étoile jaune d’un côté désignait vos origines mais de l’autre côté soudait la communauté.

Le narrateur face à la révélation de ce secret se montre perplexe. La succession des phrases interrogatives met en valeur ses doutes et l’incertitude de son avenir. Les questions montrent aussi sa volonté d’en savoir plus. Il est curieux et veut approfondir l’histoire du passé de Louise, de ses parents. Il comprend maintenant que le passé qu’il a inventé est loin de la vérité. C’était juste le fruit de son imagination. Louise va maintenant jouer un rôle important en rompant le silence.

6

Le narrateur tente au mieux de maitriser ses émotions à l’écoute de l’aveu de Louise. Il fait tout pour ne pas pleurer de peur que ses larmes empêchent Louise de poursuivre sa confession. Je cite : « Une trop forte émotion de ma part l’aurait freinée dans son élan, aussi je l’écoutais intensément, les yeux secs, maitrisant mes réactions. »

Trois nouveaux personnages sortent du passé évoqué par Louise. Elle fait appel à sa mémoire et c’est ainsi que « trois morts surgirent de l’ombre. » Il s’agit de Robert, Hannah et Simon.

Robert est le mari de Tania. Hannah est la femme de Maxime et leur fils s’appelle Maxime. Donc avant de devenir mari et femme, Maxime et Tania étaient beau-frère et belle-sœur.

Le narrateur apprend via les explications de Louise que le frère imaginé a bel et bien existé. C’est une confirmation de son intuition initiale. L’auteur fait graduellement monter la tension narrative en confiant que Louise avait une autre information douloureuse à lui avouer.

7

Face à la révélation d’une partie du secret, le narrateur sent qu’il n’est plus le même. Il considère ses parents comme « deux souffrances insoupçonnables. » Toutefois, une fois de plus, il ne cherche pas à dévoiler ses inquiétudes ou ses questions et se réfugie dans le silence. Il agit ainsi par amour. Je cite : « A mon tour je cherchais à les protéger. »

L’Histoire avec un grand H n’est plus l’histoire telle qu’elle est présentée dans les manuels scolaires. Ici, elle est intime et personnelle puisqu’elle concerne l’entourage familial du narrateur. On peut facilement imaginer sa stupeur en apprenant que son père Maxime avait comme pour première épouse Hannah, la sœur de Tania.

Le narrateur apprend que Simon faisait la fierté de son père. Il était vif, fort et musclé. Bref, tout le contraire du narrateur. Ce portrait provoque en lui un sentiment de jalousie et « une colère sourde ». Il ressent aussi de la haine pour cet « enfant séducteur ». Cette nouvelle conduit le narrateur à remettre en question l’attitude de son père envers lui.

8

Dans le chapitre 8, il est question du déni. Du refus de voir la vérité en face : par peur, par manque de courage, par inquiétude de découvrir quelque chose de bouleversant. Toutefois, cette attitude a un prix et occasionne de la souffrance. C’est pour cette raison que le narrateur confie sa peine via la métaphore suivante : « je m’écorchais aux barbelés d’un enclos de silence. »

La révélation de l’existence puis de la disparition de ce frère inconnu perturbe le narrateur, surtout par rapport au sujet de sa relation avec son père. Il se demande si son père était déçu à sa naissance comme le souligne si bien la phrase interrogative suivante : « Avait-il pu dissimuler sa déception aux yeux de ma mère, avait-il pu s’arracher un sourire attendri en me contemplant ? »

Le narrateur se met de nouveau à se comparer à Simon pour encore mieux se dévaloriser.  Sans l’aide de Louise, peut-être n’aurait-il jamais su quel lourd secret pesait sur sa famille ? Une fois de plus, la notion de contraste entre le narrateur et Simon est forte (différences physiques et psychologiques). Le manque de dialogue est aussi flagrant. Tout au cours du roman on ne lit jamais de discours direct : il n’y a aucun dialogue entre le narrateur et Louise. Ce manque de dialogue renforce un thème important du roman : le manque de communication. Le passé est un sujet tabou. Pourtant tous les membres ont un point en commun : tous connaissaient le secret. Je cite : « Tous mes proches savaient, tous avaient connu Simon, l’avaient aimé. Tous avaient en mémoire sa vigueur, son autorité. Et tous mes l’avaient tu. » Le principe même du secret, c’est de garder le silence. De ne rien dire. De ne rien dévoiler. De ne pas partager. Il est obligatoire et indispensable lorsque l’on veut cacher la vérité et nier, oublier le passé.

Le narrateur a grandi dans ce silence pesant. Ce manque de communication entre lui et ses parents explique son besoin d’avoir inventé un frère imaginaire mais aussi un passé idéal pour ses parents. Le narrateur prend conscience de sa propre identité.

En conclusion, dans le troisième chapitre, le récit se concentre sur le moment dramatique où le narrateur se rend compte de ses racines juives que, jusqu’ici son père essaie de lui cacher. En tant qu’enfant, le narrateur a des rapports distants et difficiles avec ses parents. Il est à la fois curieux car il partage ses doutes sur l’origine de son nom de famille mais il est en même temps timide et hésitant car il sait que le passé est douloureux pour ses parents. Le thème du secret est donc un sujet crucial et avec le secret se lie le silence.

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17 juillet 2022

Winter de Rick Bass – éditions Folio

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Eté 1987, l’été est torride. Elizabeth, jeune artiste peintre suit Rick, géologue et écrivain. Tous feux fouillent l’Utah du nord au sud en quête d’une nouvelle vie. Ils décident de s’installer dans une immense propriété au bout du monde. Un endroit formidable pour écrire dans un coin recule du Montana en plein hiver. Le couple assure le gardiennage de la maison le temps d’une saison sans vraiment savoir à quoi s’attendre.

Toutefois, face à ce nouveau défilé, le narrateur se sent plus libre, plus neuf, plus audacieux, plus optimiste, curieux de vivre dans une nature splendide et cruelle. En dépit des réticences de leurs entourage, les deux vont vivre sans électricité, sans téléphone, sans télévision. Dans ce livre qu’il considère comme un journal de l’hiver, l’auteur retranscrit en détails les aléas d’une météo rude et capricieuse, les premiers flocons de neige, la nécessité d’avoir tout en double (les provisions, le matériel pour couper du bois ou les batteries électriques) les quelques virées au bar à une demi-heure de route, les rencontres avec les locaux, les découvertes des animaux de la région, la solitude qui offre calme et sérénité.

Pour faire face à la vague de chaleur qui s’abat sur l’ensemble des continents, ce livre vous offrira une lecture dépaysante et rafraichissante.

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Un secret de Philippe Grimbert - éditions Grasset

Un secret

DEUXIÈME PARTIE

1

Dans le chapitre un, le narrateur imagine la rencontre entre ses parents : Maxime et Tania. Une fois de plus, on comprend que le jeune garçon aime se construire des récits fantastiques en partie parce que ses parents parlent rarement de leur passé. C’est un récit inventé, imaginé construit sur « quelques bribes d’informations. »

Le narrateur imagine leur rencontre dans un terrain de sport que l’on appelle l’Alsacienne. Dans ce complexe disposant de nombreuses installations, Maxime incarne le portrait de l’homme fort et athlétique. « Maxime est le fleuron de cette troupe » signifie qu’il représente ce qu’il y a de plus précieux, de plus remarquable. Il se distingue des autres de par son aisance et sa force. Son agilité est d’ailleurs subtilement soulignée via les verbes d’action suivants : «il brille », « terrasse ses adversaires », « effectue sans effort la croix de fer aux anneaux ». Son père s’appelle Jospeh. Il est émigré roumain. Maxime est le cadet de la famille et aurait voulu échapper au destin tout tracé de la trajectoire paternelle. Il est de par son caractère plus ambitieux. Il aspire au prestige comme le souligne la phrase suivante : « aurait voulu devenir médecin ou avocat ». On sent que Maxime se sent mal à l’aise par rapport à ses origines. Maxime déborde de vitalité et dispose d’un physique séduisant. Il se consacre à corps perdu au sport, il s`achète une voiture décapotable, symbole du luxe et de l’arrogance. Il se lance à la poursuite de jeunes femmes. Il aime pavoiser et séduire. Il attache une forte importance au culte de son image et pour cela il se fixe des objectifs afin d’atteindre « son idéal de perfection ». 

2

Tania constitue la compagne toute désignée pour Maxime. Elle a un sens fin de l’observation. Comme Maxime, elle a un physique de femme fatale, elle est belle et séduisante et pour cela « elle défile pour des courturiers ». Tania vit avec sa mère Marthe qui est couturière. Sa mère est décrite comme une femme habile, adroite, agile de ses mains. C’est aussi une femme courageuse, travailleuse. Mère celibataire, elle travaille dur afin d’offrir à sa fille « une existence confortable ».  Tania passe son enfance avec un crayon à la main, passant son temps a noircir des « carnets entiers ».  Confiante et douée, elle s’inscrit dans une école de modélistes.

La description du père de Tania(André) est brève et peu valorisante. Violoniste sans emploi venu de la Lituanie, il a quitté les deux femmes et n’est jamais revenu. Tania a un très mauvais souvenir de son père. Impatient et intransigeant, c’était un homme violent qui ne supportait pas les « stridences » de son instrument de musique.

Toutefois, face à cette disparition de la figure paternelle, Tania semble blessée. Malheureusement, elle ne se révèle pas brillante dans ses études de dessinatrice de mode mais beaucoup plus douée dans les aptitudes physiques.

3

Maxime est subjugué par « la beauté de Tania ». C’est une attirance forte, et il utilise pour cela un langage de guerrier. Je cite : « il veut la conquérir ». C’est un couple assorti qui partage le désir et la séduction.

Tania est d’une beauté éblouissante. Maxime aime la regarder plonger dans la piscine. Il admire son physique mais aussi ses aptitudes sportives. Maxime est un tombeur, il « aime les conquêtes faciles » mais avec Tania c’est différent. Pour cela, il prend son temps. Peu à peu, il tombe amoureux d’elle au point de ne plus pouvoir se passer de sa présence. Le couple se rapproche, partage des moments de complicité, découvre des lieux ensemble comme le montre la citation suivante : « Au volant de sa décapotable, il l’emmène découvrir ses coins préférés de la capitale : la Concorde sous la pluie, le charme provincial des quatre réverbères de la place Furstenberfg… » Nous avons l’image d’un couple libre, heureux, avide de nouvelles expériences.

4

La relation du couple évolue dans le bon sens : ils s’installent dans l’appartement puis se marient. On ressent une forme de sérénité dans le début de l’histoire. Toutefois, cette tranquillité laisse présager l’arrivée d’un tournant dramatique, plongeant ainsi le lecteur dans une tension narrative palpable. Le temps au début du chapitre s´écoule rapidement via la présence des indicateurs temporels suivants : « Au bout de quelques mois », « l’année suivante ».

Les deux s’aiment, ce qui conduit Tania à formuler le désir d’avoir un enfant. Toutefois Maxime manifeste ses doutes, ses craintes en s’appuyant sur un contexte politique inquiétant. Je cite : « La menace de guerre qui se précise lui fournit un argument de plus : est-il raisonnable d’envisager une naissance dans cette période troublée ? ». Maxime via cette interrogative se montre dubitatif et réfractaire.

L’arrivée imminente de la guerre est palpable via la personnification suivante : « Paris attend la nouvelle. » L’angoisse monte en puissance et l’utilisation du champ lexical de la peur et du conflit proche souligne l’inquiétude des personnages. (« la menace », « une fièvre », « les adversaires », « vaincre »).

La Pologne est envahie et la guerre est déclarée. La France se croit bien protégée et défendue derrière la ligne Maginot. Le jeune couple d’amoureux se montre confiant et optimiste. Selon eux, la France « remportera rapidement la victoire ». Ils ne montrent ni signes d’inquiétudes ni envie de quitter le territoire dans les plus brefs délais. Ils ont tendance à prendre à la légère cet événement puisqu’ils le comparent à une « rencontre sportive ». Cet euphémisme tend à dédramatiser la situation.

5

Quand les parents du narrateur évoquent la période de la guerre et de l’occupation de Paris par les Allemands, ils font référence à un village qui s’appelle Saint-Gaultier dans L’Indre ou ils se sont installés, après avoir traversé la ligne de démarcation. Ils ont passe dans cet endroit « deux années exceptionnelles ». A l’abri de la peur et du danger, cet hébergement temporaire représentation une « parenthèse de sérénité dans la tourmente ». La guerre, encore aujourd’hui continue de forcer les exilés, les réfugiés, les victimes à se déplacer sans savoir pleinement où ils vont atterrir, ni comment ils vont vivre, ni sur qui ils pourront s’appuyer pour pouvoir continuer d’avancer. Ce livre montre qu’en temps de guerre, les campagnes sont plus épargnées que les villes. Je cite : « Loin des rumeurs de la guerre la bourgade est un ilot de calme. » Le narrateur compare les deux environnements géographiques afin de montrer que les souffrances liées aux privations ou au rationnement étaient nettement moins marquées en milieu rural. Le jeune couple est accueilli par un colonel à la retraite qui vit avec sa fille. Tout le monde mange à sa faim. Maxime est jardinier et Tania professeur de gymnastique. La vie évoquée dans cette section me fait penser à une transition enchanteresse. Loin du chaos et du tumulte, les deux découvrent la région comme s’ils étaient en vacances. Le langage utilisé dans cette section est romantique. Le cadre est bucolique et apaisant. Aucune ombre au tableau ne vient ternir leur idylle. Le narrateur décrit cette zone libre comme le paradis terrestre.

6

Le narrateur aurait aimé être conçu pendant cette période de bonheur. A la fin de la guerre, Maxime et Tania sont de retour à Paris. Toutefois, les conditions de travail sont complexes. Le rationnement continue de sévir mais peu à peu, ils tentent de retrouver un semblant de normalité. Quelques années plus tard, Tania exprime de nouveau son désir d’avoir un enfant mais son époux se montre encore « réticent ». Il ne veut pas perdre sa liberté et ne veut pas partager sa femme. Tania finira quand même par tomber enceinte. Est-ce un accident ? Est-ce voulu ? C’est un enfant fragile qu’il faut arracher à la mort. Entouré de bons médecins et de l’amour de sa mère, l’enfant survit.

En conclusion, dans cette deuxième partie, le narrateur décrit les aspects positifs et négatifs de la vie de Maxime et Tania. Maxime semble être un homme sûr de lui, arrogant, beau et égoïste. Il est aussi travailleur et ambitieux. Il est fasciné par sa femme qui est d’ailleurs principalement décrite de par son physique et ses aptitudes de gymnaste. Le contexte de la guerre n’a pas directement perturbé les jeunes personnages. Au contraire, leur retrait dans ce petit village de campagne leur a permis de vivre de doux moments au sein d’un environnement calme. L’image de la France d’après-guerre est évoquée via le comportement des Parisiens : les clients sont nombreux et on a l’impression qu’après les privations de la guerre, les gens commencent à gagner leur vie et à avoir de l’argent à dépenser.

 

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14 juillet 2022

Hyuro - Chapitre 4

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08 juillet 2022

Trois de Valérie Perrin – Editions Livre de Poche

Trois

Trois, comme son titre l’indique rassemble trois personnages principaux : deux garçons et une fille. Un trio avec au centre Nina et à ses côtés ses deux amis inséparables : Adrien et Etienne. Nous sommes en 1986, les enfants rentrent en CM2, à l’école primaire de la Comelle, une cité ouvrière du centre de la France d’environ 12000 âmes.

Les trois grandissent ensemble, découvrent l’autorité effroyable de leur instituteur Monsieur Py, s’amusent à la piscine, regardent des films, dansent sur des musiques de l’époque, partagent leurs premières vacances, montent un groupe, composent et écrivent eux-mêmes les paroles dont une chanson intitulée « Le temps sépare ceux qui s’aiment ». Tous les trois rêvent de quitter leur milieu rural pour un jour s’installer à Paris, étudier et y faire les 400 coups.

Puis en 2017, en vidant la partie ouest du lac, une voiture est découverte. Virginie, la rédactrice du journal local couvre l’évènement bien que son métier principal soit la correction ou la traduction de romans pour des maisons d’édition. Au cours des 760 pages le puzzle se met en place. On comprend quelles raisons ont conduit le trio à se séparer ? Quel rapport existe-t-il entre cette épave et leurs années lycée ?

Si comme moi vous avez aimé Les oubliés du dimanche publié en 2015 et dévoré cette année http://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2022/05/07/39467911.html, si comme moi vous aimez les constructions de romans qui permettent de suivre l’évolution de personnages dès leur enfance jusqu’à leur entrée dans leur vie d’adulte, si comme moi vous aimez les narrations parallèles oscillant entre le présent et le passé, si comme moi vous aimez les livres qui vous font sentir que l’été est la saison « qui appartient à tous les souvenirs » alors ce livre est/sera fait pour vous. Il m’a été conseillé et prêté par Karen qui connait mes goûts et a visé juste. Toutefois, je dois dire qu’il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter au fait que la narratrice ne dévoile pas son identité. C’était un peu perturbant mais en même temps hyper original.

Au fil des pages, on saisit bien les traits de caractères des personnages mais comme ils sont nombreux, il faut faire preuve de mémoire. J’ai adoré l´idée que le texte soit coloré de références culturelles et musicales des années 80 et 90. Elles sont très récurrentes sans pour autant être pesantes. De ce fait, ce livre en dehors du fait de m’avoir rappelé avec une douce nostalgie mes années lycée, il m’a donné envie d’apprendre la chanson Un samedi soir sur la terre de Cabrel. Avec sa plume et son regard sur les autres teinté de tolérance et de bienveillance, l’autrice nous fait réfléchir sur les questions de harcèlement, sur la notion d’appartenance à un genre, mais surtout à l’amitié et aux difficultés de la faire vivre et briller sur la durée.

En attendant, d’apprendre une nouvelle chanson de Cabrel, voici une interprétation d’une des légendes de Leonard Cohen.Duo_Cohen_Aida_et_Jennifer__1_

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07 juillet 2022

Un secret de Philippe Grimbert - éditions Grasset

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Avant de lire l’œuvre et de se plonger dans son analyse afin de bien en maîtriser le contenu, on peut s’interroger sur ce que le titre évoque. J’aime bien chercher le sens des mots dans mon dictionnaire et d’après mon Petit Larousse illustré de l’an 2000 un secret est un mon masculin du latin secretum. Ce qui doit être tenu caché. De nombreuses expressions existent autour de ce sujet : confier un secret à un ami. Ne pas avoir de secret pour quelqu’un. Être mis dans le secret. Un secret d’État. Le titre est énigmatique. Cette connotation mystérieuse nous conduit à nous interroger :  s’agit-il d’un secret de famille ? Ou bien d’une confession sans témoins entre deux amis ? Comment dire l’indicible ? Le secret emprisonne-t-il en privant les détenteurs de la vérité de toute communication avec l’extérieur ?

Toujours est-il que nous savons qu’il s’agit d’un roman autobiographique, écrit vingt ans après la mort de ses parents. La publication de ce livre n’a rien d’une intrigue policière. Il s’agit d’un texte autobiographique dont l’auteur est le personnage principal du roman qui reconnait le pouvoir cathartique de l’écriture. « Ecrire est le moyen que j’ai trouvé pour faire un travail de deuil. Je n’ai compris cela que très récemment : chacun de mes livres est une petite tombe. »

De cet auteur, j’ai souvenir d’avoir lu en 2013 son tout premier roman noir écrit en 2001 dont le titre est « La Petite Robe de Paul ». http://apresavoirlu.canalblog.com/archives/2013/05/19/27195194.html

PREMIÈRE PARTIE

1

Dans le chapitre un, le récit démarre avec un paradoxe. En effet, l’incipit surprend le lecteur car le narrateur émet une déclaration irrationnelle. Je cite : « Fils unique, j’ai longtemps eu un frère. » L’effet de surprise, voire d’incompréhension est immédiat. Cette phrase écrite à la première personne du singulier est une antithèse entre le fait d’être fils unique et affirmer avoir un frère. On peut en déduire que le narrateur évoque un manque, un désir ou encore un besoin. De l’utilisation de cette figure de style se dégage une opposition entre le fantasme et la réalité.

Nous comprenons très rapidement que pour se consoler de cette absence, le narrateur-enfant s’est inventé un frère imaginaire. Le garçon a une imagination débordante et prenait plaisir à se plonger dans une « fable » dans laquelle il dressait le portrait du frère idéal. L’utilisation des deux comparatifs de supériorité « plus beau, plus fort » permet d’idéaliser ce « frère aîné » qui dans ses rêves est « glorieux, invisible. » L’adjectif élogieux « invisible » nous plonge dans un registre fantastique, tout comme le terme « fable » ou encore « étrangeté » qui nous éloigne de la réalité des faits. Le narrateur a en tête l’image d’un frère idéal, protecteur, paré de toutes les qualités. Il incarne l’image du membre admiré, celui qui sert de modèle.

Face à cette dualité, le lecteur s’interroge et se pose les questions suivantes : « Pourquoi a-t-il inventé ce mensonge ? », « Est-il jaloux des autres enfants qui ont la chance de grandir au sein d’une fratrie ? », « Voulait-il compenser par cette affabulation une solitude affective souvent présente chez les enfants uniques ? »

Le narrateur est franc. Il confie sa jalousie ressentie au contact de ses amis. Je cite : « J’étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand s’ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. » Le narrateur aurait adoré avoir « un vrai frère. » Cette phrase nominale met ce compagnon complice sur un piédestal. Il regrette de ne pas avoir de frère et donc cette absence reste un mystère. Je cite : « Une étrangeté pour moi qui régnais seul sur l’empire des quatre pièces de l’appartement familial. »

Bien qu’il fût considéré comme « l’unique objet d’amour », le narrateur souffrait. Il se sentait si triste et si malheureux qu’il en dormait mal. De nombreux termes appartiennent au champ lexical de la tristesse inexplicable : « pleurais », « larmes », « honteux », « coupable », « tristesses », « craintes », solitude », « larmes ».

L’utilisation omniprésente du pronom personnel « je » plonge le lecteur dans le roman autobiographique. L’imparfait irétatif est mis en exergue par l’expression temporelle « chaque jour ». Je cite : « Ma vie d’enfant me fournissait chaque jour des tristesses et des craintes. »

En conclusion, le livre s’ouvre sur un récit larmoyant. Le personnage principal plonge dans des souvenirs douloureux. Une enfance maussade liée en grande partie à un sentiment de culpabilité dont on ignore l’origine, de honte et de solitude.

2

Un jour quand sa mère range la chambre de service, le narrateur découvre dans une malle un petit chien en peluche. L’enfant est immédiatement attiré par ce petit jouet comme le souligne son geste rapide et spontané : « Je m’en étais aussitôt emparé et l’avais serré sur ma poitrine. » Quoi de plus naturel et d’anodin pour un enfant de faire sien un objet en peluche qu’il vient de trouver ? Or, la mère semble gênée par cette apparition inattendue. Dans un premier temps, elle manifeste son étonnement via « un sursaut ». L’auteur passe au peigne fin la réaction physique de la mère afin de mettre en valeur la communication non-verbale. De plus, l’enfant est conscient que cette découverte provoque chez sa mère « un malaise ».  

A partir de ce moment, l’enfant utilise cette peluche pour en faire un compagnon qu’il installe sur son lit. Je cite : « Il venait de faire son entrée dans ma vie. » Il partage avec lui sa peine. Il le chérit car il représente une source de réconfort et de tendresse. Toutefois, cet attachement soudain évoque un caractère obsessionnel légèrement inquiétant. En effet, ce frère imaginaire se met à occuper l’espace comme s’il était un être vivant à part entière. Je cite : « je demandais qu’on l’attende avant de passer à table, qu’on le serve avant moi, que l’on prépare ses affaires avant les miennes au moment du départ en vacances. » Des indices suggèrent l’enjeu inconscient de cette appropriation qui tend à effacer le narrateur.

3

Le narrateur est extrêmement complexé par son physique chétif. Il est maigre, pale, livide. Il en souffre d’autant plus que ses parents sont forts, athlétiques et sportifs. La santé fragile de leur fils est d’autant plus frappante qu’elle contraste avec la description des parents. La mère a « le ventre musclé » et des « cuisses de sportive. »

Le narrateur est vaguement intrigué par son baptême tardif. En lui, sont imprimés des souvenirs précis, indélébiles comme le souligne l’énumération suivante : « le geste de l’officiant, la croix humide imprimée sur mon front, ma sortie de l’église, serré contre le prêtre, sous l’aile brodée de mon étole. » Nous remarquons qu’il a un souvenir très clair de cette cérémonie religieuse. Il trouve étrange qu’il porte les traces de l’ablation de son prépuce.

On sent que les parents enferment quelques mystères notamment celui concernant le changement d’orthographe de son nom. En effet, son nom de famille Grinberg est devenu Grimbert pour faire plus français. Les parents restent silencieux et mystérieux au sujet de leur passé. Le narrateur confie que par amour il avait obtempéré pour la discrétion voire le silence de peur d’affecter ses parents. Je cite : « je les aimais trop pour tenter d’en franchir les limites. » Rester dans l’ignorance afin de ne pas souffrir ses proches. Bien qu’on dise souvent que la parole libère, on sait aussi qu’elle peut provoquer l’inverse. De ce chapitre, on comprend entre les lignes que la famille du narrateur est juive et qu’elle a cherché à effacer les traces de ses origines.

4

Le frère imaginaire joue le rôle de compagnon rassurant et protecteur. Sa présence bien qu’inexistante est un antidote. Le remède idéal pour contrôler la gestion de ses peurs. Le présence de nombreux termes appartenant au champ lexical du corps montre que le frère inventé rassure d’abord physiquement le personnage principal. Je cite : « sa main », « bras », « doigts », « cheveux », « épaule », « voix », « oreille ».

Le garçon évoque des souvenirs au sujet de l´école. On comprend qu’il n´avait pas confiance en lui. Il était en retrait, en position d’observation dans la cour ou dans la classe. Une fois de plus, il se compare aux autres pour encore plus se dévaloriser. Je cite : « Je les admirais, le dos collé au mur, incapable de rivaliser avec eux, attendant la cloche libératrice pour retrouver enfin mes cahiers. » L’utilisation de plusieurs verbes à l’imparfait souligne que cette exclusion sociale s’est installée pendant plusieurs années. Comme un état de fait. Le narrateur incarne le stéréotype de l’enfant sérieux, introverti, timide, seul qui pour lutter contre cette solitude s´était choisi « un frère triomphant. Toutefois, la création de ce personnage imaginaire avec lequel il se compare le fait souffrir dans la mesure où il se sent inférieur. Il tend à idolâtrer celui qu’il qualifie d´insurpassable.  

5

D’un point de vue physique, le narrateur souffre d’un complexe d´infériorité. Pour cela, il se dévalorise et dresse un autoportrait charge. Le garçon apparaît comme un jeune homme fragile, chétif, mal en point, protégé par une mère attentionnée, voire surprotectrice. Il se regarde, s’observe en détails puis confie le dégout qu’il ressent de lui-même en utilisant l’oxymore suivant : « Avec une jouissance morbide je me plantais devant le miroir pour inventorier mes imperfections ». Il passe au peigne fin son apparence physique et parle de son corps comme d’une « anatomie défaillante. » L’accumulation de nombreux termes dépréciatifs renforce la caricature de l’enfant malingre.  Cette santé plus que fragile le conduit à consulter de nombreux médecins. Nous remarquons qu’il existe un vrai contraste entre le corps souffreteux du fils et l’éclatante santé des parents. En effet, le père se tient à une routine sportive digne d’un athlète de haut niveau. Il dispose dans son appartement d’une salle de gymnastique.

Le narrateur fournit des informations sur la situation professionnelle de ses parents. Ils tiennent un magasin où l’on vend des articles de sport. L’enfant admire son père dans ses gestes habiles et souples, capable de « soulever sans effort des piles de cartons ». La mère est belle et gracieuse comme le souligne cette jolie métaphore décrivant sa chevelure telle une « sombre cascade de cheveux. » Le narrateur déteste son corps mais admire ses parents qu’ils considèrent comme de véritables gravures de mode.

6

Le narrateur retrouve le chien en peluche. Il l’installe tel un ami proche sur son lit. Il devient un allié apaisant et protecteur contre le frère quand surgissent les conflits. Je cite : « Quand il m’arrivait de me brouiller avec mon frère je me refugiais auprès de mon nouveau compagnon. » Il décide de lui donner un non. Il l’appelle « Sim ». Le diminutif ici a une connotation affective, tendre et amicale. Toutefois, son attitude le plonge dans un état de stupéfaction comme le souligne les phrases interrogatives. Les questions rhétoriques soulignent le caractère énigmatique de ce choix. Je cite : « Où étais-je allé lui chercher ce nom ? Au détour des silences de ma mère, dans la tristesse de mon père ? » Le terme « trouble » met en valeur l’ambiance mystérieuse qui pèse sur cette famille silencieuse. Taiseuse.

Les liens avec le frère inventé commencent à changer. Ils se dégradent. Les relations sont marquées par des disputes « des querelles » et un rapport de force s’installe, distançant le vainqueur du vaincu. Il exprime sa colère contre ce frère tyrannique imposant son « autorité ». L’utilisation de plusieurs adjectifs tels que « moqueur » et « méprisant » ont une connotation péjorative.  Face à ce comportement, le narrateur exprime des pulsions de violence comme le souligne l’hyperbole suivante : « j’appuyais de toutes mes forces sur son visage pour l’enfoncer dans les sables mouvants de l’oreiller ».

7

Le narrateur semble avoir une obsession au sujet de son état physique. Il constate avec dépit sa « maigreur » qui ne cesse de s’accentuer à tel point d’alerter le médecin de l’école, soucieux que l’enfant ne mange pas à sa faim. On imagine son aspect quasi cadavérique. Face à cette déchéance, il ressent une forme de « honte » déjà ressentie au préalable. Pour être plus précis dans cette description inquiétante, le narrateur utilise de nombreux termes appartenant au champ lexical du corps humain, tout en ajoutant des adjectifs ayant une connotation dépréciative. Je cite : « cernes bleutes », « teint livide », « enfant épuisé ». Le narrateur enfant semble avoir une fascination étrange pour tout ce qui concerne le corps tout comme le souligne son comportement étrange et solitaire dans les réserves du magasin. Les confessions de ses souvenirs nous donne l’image d’une enfant espiègle, seul, avec un certain goût pour l’interdit.

8

Dans le chapitre 8, apparait un nouveau personnage féminin. Elle s’appelle Mademoiselle Louise. Elle est la voisine et occupe le poste de masseuse à domicile. Le narrateur nous dresse le portrait physique de cette femme âgée d’une soixantaine d’années. On sent qu’il existe une complicité entre les deux personnages. Il aime passer du temps avec elle, recherche sa compagnie. Il semble partager avec elle un point commun : une difformité. Elle a un pied-bot dissimulé dans une chaussure orthopédique. Elle est donc un peu handicapée physiquement, un peu affectée par le tabac et l’alcool. Les deux ont une fragilité, ce qui les rend vulnérables et plus faibles.

9

Tout comme le narrateur, Louise est aussi fascinée par la vitalité des parents du narrateur. De la mère, elle admire « la beauté. » Du père, elle savoure son « élégance ». Nous avons l’image du coupe parfait, harmonieux, loin de laisser leur entourage indifférent. Elle est dotée d’une extrême gentillesse et se montre attentionnée avec le garçon.   Elle reçoit aussi leurs confidences, aime préparer du chocolat chaud pour leur fils. L’enfant est curieux d’en connaitre davantage sur sa vie, ses souvenirs mais elle préfère passer sous silence quelques sujets qu’elle considère pénibles. Je cite : « Je voulais en savoir davantage mais très vite, comme à chaque fois qu’elle abordait un sujet pénible, lui venait ce même geste pour écarter la douleur. »

En conclusion, le chapitre un nous offre le récit larmoyant d’une enfance sombre et intrigante. Le narrateur est plonge dans la solitude et la tristesse. Heureusement qu’il y a Louise, l’infirmière qui s’occupe de ses fréquents traitements. Cette dame de soixante ans : boiteuse, grosse fumeuse mais attentive à ses chagrins semble lui apporter du réconfort. Il passe beaucoup de temps avec cette femme qu’il considère bien plus qu’une simple voisine.

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