IMG_20190813_114357_HDRChapitre 24

Le périple de Candide poursuit son cours. Suite à leur voyage vers les côtes anglaises, Candide entre désormais dans le détroit et dans la Méditerranée pour enfin aborder Venise. Il est heureux car il se dit que c'est ici qu'il reverra la belle Cunégonde.

Première partie : arrivée à Venise

Arrivé à Venise, Candide fait chercher Cacambo partout dans la ville. Il explore les lieux suivants pour le rencontrer : « dans tous les cabarets, dans tous les cafés, chez toutes les filles de joie » cependant il « ne le trouva point ». Il multipliait les démarches mais l'absence de nouvelles de Cacambo plonge le héros dans le désespoir.
Il imagine Cunégonde morte. En pensant à ce dénouement fatal, il envisage à son tour de mourir « Cunégonde est morte sans doute, je n’ai plus qu’à mourir ». Cette citation montre  à quel point le personnage de Candide oscille entre l'optimisme et le pessimisme, allant de l'espoir guidé par une certaine forme d’obstination pour ensuite chuter dans les affres de la solitude. Il exprime sa peine et ses tourments en déclarant que « Tout n'est qu'illusion et calamité ».  Candide s'isole, se replie sur lui-même en refusant de prendre part aux divertissements. Cette absence d’élan appellée « mélancolie noire » par Voltaire est d'autant plus terrible que son compagnon Martin lui reproche d’être si naïf. Rappelons que Martin se présente comme un manichéen, autrement dit un philosophe qui voit le mal partout. Son discours n'est absolument pas rassurant. Ses paroles ne font qu’accroître la tristesse de Candide car il invite directement Candide à faire table rase de son passé. Il impose sa vision de la situation en déclarant : «  je vous conseille d'oublier votre valet Cacambo et votre maîtresse Cunegonde. » Martin conclue de manière négative ne pouvant s’empêcher « de prouver qu’il y avait peu de vertu et de bonheur sur la terre ».

Deuxième partie : la rencontre avec un jeune théatin (un moine)

Ils aperçoivent alors  un jeune théatin : un moine de l'ordre italien fondé à Rome en 1524. Ce jeune homme n'est pas seul puisqu'il est accompagné d’une fille. Voltaire livre une description physique du moine en utilisant le verbe d’état « paraissait ». On peut s'interroger donc sur la véracité des propos tenus par Voltaire en nous demandant si ce personnage est vraiment « frais, potelé, vigoureux » ? Voltaire ajoute : « ses yeux étaient brillants, son air assuré, sa mine haute, sa démarche fière. » Voltaire décrit également la jeune fille en utilisait l’adjectif « jolie » précédé de l'adverbe d’intensité « très. » Le lecteur ressent qu’il y a une complicité entre les deux car « elle regardait amoureusement son théatin ». En les observant, Candide est persuadé de lire du bonheur sur leurs visages. Il déclare sans hésiter : « je gage que ce sont des créatures très heureuses. » A travers cette vision du couple épanoui, Candide cherche à bousculer Martin en lui demandant d'ouvrir les yeux sur un cas concret de bonheur. Cependant, Martin reste dubitatif alors Candide propose de les inviter a dîner pour voir si ses impressions sont les bonnes.

Troisième partie : le repas et introduction d’un nouveau personnage : Paquette

Candide ne perd pas de temps et fait preuve d'esprit d'initiative car « aussitôt il les aborde. » Voltaire utilise une hyperbole pour décrire le contenu du repas pantagruélique.  La liste des aliments sur la table est longue : « des macaronis, des perdrix de Lombardie, des œufs d'esturgeon, et à boire du vin de Montelpuciano, du lacryma-christi, du chypre et du samos. » Il y a à ce stade du chapitre un rebondissement car la fille en question se trouve être Paquette, ancienne maîtresse de Pangloss, à l’époque du château.  La fille s’adresse à  Candide et exprime sa surprise en disant : « Eh quoi ! monsieur Candide ne reconnaît plus Paquette ! ». L’ancienne maîtresse de Pangloss raconte ses malheurs. Le récit de sa vie est un condensé de tristes aventures. Paquette a été victime de violence et fut la maîtresse de plusieurs hommes : un cordelier, un médecin puis un juge. Son récit suscite la compassion car elle utilise des superlatifs qui suscitent la pitié : « le plus laid de tous les hommes », « la plus malheureuse de toutes les créatures » Elle parle de ses conditions de travail et utilise les mots suivants : « insultes », « avanies » pour souligner l’humiliation subie lors de toutes ses années.  « Vous concluriez que je suis une des plus malheureuses créatures du monde » est une sombre affirmation qui met en valeur sa tristesse profonde. Elle insiste sur ses malheurs en donnant un exemple récent des violences auxquelles elle a du  faire face hier. La veille, elle a été battue par un officier et doit donc faire semblant d’aller bien pour plaire à Frère Giroflée. Elle doit faire bonne figure, elle a été « volée et battue par un officier ». Elle doit paraître de bonne humeur pour plaire et séduire un moine.

Quatrième partie : la vie au monastère

Le frère explique qu’il hait la vie au monastère, qu’il a été « tenté cent fois de mettre le feu au couvent ». Il sent que des mauvais sentiments pèsent sur sa vie que « la jalousie, la discorde, la rage habitent dans le couvent ». L’argent qu’il gagne lui « sert à entretenir les filles. » Candide a perdu son pari. Ces deux-là ne sont pas heureux et donc les apparences sont trompeuses.  Il donne de l’argent à Paquette et au frère Giroflee. Martin doute de l'utilité du geste de Candide. Il remet en cause sa générosité. Il pense que cette somme les rendra « plus malheureux encore. »

Candide cherche en vain un être humain heureux et évoque le sénateur Pococuranté qui a la réputation de n’avoir jamais connu aucune peine. « On prétend que c'est un homme qui n'a jamais eu de chagrin. » Il s’apprête alors à lui rendre visite car il voudrait voir « une espèce si rare. »

Le chapitre 24 est dominé par le thème suivant : le bonheur existe t-il ? Les apparences sont-elles trompeuses ? Les dialogues entre Candide et Martin opposent fermement l'optimise au pessimisme. Si le monde est bercé d'illusions et de calamités, il n'en demeure pas moins que l'espoir, à travers les méandres de la pensée , joue un rôle important dans le développement du personnage principal. Candide incarne l'exemple même de cette philosophie quand il dit «  une chose me console, je vois qu’on retrouve souvent les gens qu’on croyait ne jamais retrouver”.