kiffeDoria, jeune lycéenne de 17 ans vit seule avec sa mère dans la banlieue de Livry-Gagnan.

Son père surnommé « le barbu » les a abandonnée pour rejoindre le Maroc où il espère épouser une autre femme plus jeune et plus féconde. Sa mère fait des heures de ménages dans un hôtel à Bagnolet et les fins de mois sont assez difficiles. Doria a des difficultés à l’école, n'a pas une très bonne impression de ses professeurs et se fait parfois aider de Nabil pour ses devoirs à la maison. Elle porte des vêtements d'occasion ce qui provoque des moqueries de la part des autres jeunes filles de son entourage. Elle a quelques amis, notamment Hamoudi qui lui récite Rimbaud en bas de la cage d'escalier de l'immeuble. Pour gagner un peu d'argent de poche, elle garde une petite fille de quatre ans de la cité.

Ce qui est fort chez Doria, c'est sa manière de s'exprimer. Dans un style franc et percutant, Doria raconte les événements de son quotidien : les rencontres avec sa psychologue, les visites de l'assistance sociale, les difficultés de sa mère au travail. Derrière ces anecdotes, on découvre aussi ses préoccupations et ses colères : la violence à l’école, l’échec de la mixité sociale mais aussi son mal-être. Sans prévenir, sans transition Doria lâche brutalement ses sentiments, ses regrets de ne pas avoir plus de photos d'elle petite au point de remettre en question sa confiance en elle : « J'ai l'impression de ne pas exister » mais elle sait aussi à sa manière nous parler de choses plus légères qui font sourire.

Au fil du roman, on remarque un changement chez l'adolescente. Elle est plus optimiste, contente de sa formation professionnelle et fière de sa mère qui est maintenant capable de lire et d’écrire. Pour elle, il y a beaucoup trop de choses qui clochent dans la société française et le regard que l’on porte sur ces cités, sur cette banlieue, sur cette jeunesse, est bien souvent faussé, non justifié, trop généralisé. Je vous conseille de lire ce livre car il est unique de par son style rapide, drôle, efficace et véritablement juste. Elle n'a pas sa langue dans sa poche et ce premier roman de Faïza Guène est une réussite